THESSALONIQUE DOCUMENTAIRES 2026
Critique : Candidates of Death
par Mariana Hristova
- Sous prétexte d'analyser la mécanique d'un tournage, le documentaire sensible du Polonais Maciej Cuske nous invite en fait à examiner celle de l'amitié et de l'évolution de l'enfance à l'âge adulte

Alors même que nous cheminons pas à pas sur le sentier de la vie, nous sommes tous inévitablement “candidats à la mort”, consciemment ou pas. C'est ce que Maciej Cuske tente de rendre – la texture éphémère du magnifique voyage qui mène vers la fin – à travers les chroniques innocentes de vacances d’été passées en pleine nature avec son fils et deux de ses amis. À vrai dire, tout ça n’est pas si innocent au premier abord, puisqu’ils se réunissent officiellement pour tourner le prochain épisode de Candidates of Death, un film d’horreur amateur bricolé tout au long de ces journées d'insouciance, avant tout pour le plaisir, et pour renforcer leur camaraderie masculine. Le documentaire Candidates of Death [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film], que Cuske vient de présenter dans le cadre de la compétition internationale du Festival international du documentaire de Thessalonique, prend la forme d’un making-of improvisé où le dispositif du tournage lui-même importe moins que l’évolution des relations humaines qui l’entourent : c’est un film sur un film qui ne cessera d’évoluer au gré du désir de ce groupe d’amis et de leur mentor de s’inventer des aventures mutuellement enrichissantes.
Au début, on a du mal à distinguer qui est qui entre le fils de Maciej, Stasiu, et les autres gamins, Rafał et Adrian, car au fil de ce parcours rétrospectif s’étalant sur dix-sept ans, on est guidé à travers des lots d’images d’archives sur le tournage des volets précédents du film d'horreur où les garçons apparaissent à des âges différents, avec des vêtements et des coiffures qui changent. Cependant, peu à peu, une certaine logique interne se met en place, l'attention se resserre sur quelque chose de plus précis, et les pièces du puzzle se mettent à s'assembler pour former une intrigue plus claire. De même, la personnalité de chacun se précise, à travers des blagues, des réflexions sur certains choix de vie et des conversations plus sérieuses et intimes. Il faut aussi du temps pour que le film et ses personnages arrivent à l’essence de leur quête filmique qui devient, à mesure qu’ils grandissent et assument davantage de responsabilités, de plus en plus une échappatoire, un espace de répit loin de la course quotidienne qui nous oblige à passer d’une tâche à l’autre, dans un sorte de combat contre un temps dont on n'a jamais assez. Quand les personnages se réunissent pour faire leur film, qu'ils soient dans le camping-car ou en pleine nature (sous le soleil, parmi la verdure, dans la brume ou le vent), les esprits semblent s’éclaircir : ils arrivent à prendre du recul par rapport à leur routine et à entrevoir ce qui compte vraiment. Plus les garçons comprennent que leurs escapades estivales partagées, aux quatre coins de la Pologne, leur offrent une manière de préserver leur amitié, un espace de réflexion et un pas vers la maturité, plus le père et mentor, Maciej, se rend compte qu’elles sont aussi son lien direct avec la jeunesse, ainsi qu’une forme d’armure pour se caparaçonner alors que la vieillesse s’installe subrepticement. Il comprend également qu’il n’est dans l’intérêt de personne de tourner l’épisode final, devenu, en sourdine, une métaphore de la vie qui passe.
La présence du chef opérateur Tomasz Pawlik au sein de ce petit groupe soudé est suffisamment discrète pour leur permettre de briser le “quatrième mur”, puisqu’il reste invisible tout en nous plaçant parmi eux, comme si on faisait partie du groupe tout en restant en même temps des observateurs détachés. Il capte les humeurs des personnages ainsi que celles de la nature environnante, créant dans ses images une harmonie esthétique par laquelle la respiration de chaque plan s'accorde à la tonalité émotionnelle du moment. Ainsi, une fois le spectateur happé par le jeu des interactions entre les personnages (et entre le film lui-même et le public), Candidates of Death se déploie dans un seul souffle, laissant derrière lui plus une résonance affective qu’une réflexion philosophique.
Candidates of Death a été produit par la Fondation Bydgoszcz Film Chronicle (Pologne).
(Traduit de l'anglais)
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