Critique : Just Look Up
par David Katz
- Le documentaire d'observation bien rythmé réalisé par Emma Wall et Betsy Hershey, suit l'activiste américain Michael Greenberg, fondateur du mouvement de protestation Climate Defiance

Just Look Up est un film efficace sur la crise (ou urgence) climatique, qui ne contient néanmoins pas énormémement d'exposition sur le sujet mais suit l'assez remarquable Michael Greenberg, fondateur de Climate Defiance, un groupe de dénonciation et d'activisme qui réclame davantage de mesures pour tenter d'atténuer le changement climatique aux États-Unis. Le film reste à ses côtés et sur son épaule tout au long de l'année torride de la réélection de Trump, livrant un tableau ingénieux de ce moment de l'histoire récente. Just Look Up, qui est le premier long-métrage d'Emma Wall (d'origine danoise) et Betsy Hershey, a fait sa première mondiale cette semaine à CPH:DOX, dans la section à compétition F:ACT, après quoi le film jouera à Thessalonique. On trouve parmi les producteurs délégués du film la légende de la comédie devenue cinéaste politique Adam McKay, ainsi que Joshua Oppenheimer (qui vit depuis longtemps à Copenhague).
Greenberg et son intrépide mouvement, dont on fait la connaissance alors qu'ils débarquent à l'improviste à un dîner donné dans un country club par le PDG de la Bank of America, Brian Moynihan, accusent directement ce dernier, sur scène, de "financer les combustibles fossiles" et déploient en grand spectacle une bannière portant le logo de la banque, modifié pour dire "Bank of Atrocities". Comme on pouvait s'y attendre, les agents de sécurité les escortent diligemment jusqu'à la sortie – d'autres confrontations avec ces "gros bras", lors de manifestations qui surviendront plus tard, s'avèreront bien plus dangereuses. Il n'en reste pas moins qu'ils ont réussi à obtenir certains des effets clefs escomptés : que leur action deviennent virale sur le net et qu'on comprenne bien (c'est même un avertissement, comme ceux des héros du peuple de légende) qu'on les reverra prochainement. En même temps, et c'est bien naturel, des voix sceptiques se font entendre tout au long du film, de la part de journalistes a priori favorables à leur cause comme de leurs familles et leurs proches, qui interrogent non seulement leurs tactiques, mais aussi leur efficacité réelle dans le champ politique, sous le gouvernement démocrate centriste.
Bien qu'on ait ici affaire à un documentaire d'observation pur et dur (au-delà de quelques petites amorces et remarques hors champ à Greenberg), Wall et Hershey se sont vu accorder un accès si considérable aux activités du groupe qu'ils font figure d'alliés, plus que de témoins objectifs. Comme ils savent qu'il y a d'autres niveaux de lecture dans cette histoire, ils donnent à leur film une vraie richesse en distinguant la personnalité et les motivations de Greenberg de celles de camarades de combat, comme Greta Thunberg, et les actes du groupe d'interventions plus polémiquées, comme celles des mouvements britanniques Just Stop Oil et Extinction Rebellion. La nature intersectionelle de l'identité du sujet est capitale : Greenberg est queer, juif pratiquant (on le voit préparer un repas pour le shabbat, et de nombreuses références à sa religion sont présentes dans le film) et c'est un comique de stand-up franchement talentueux (les quelques aperçus qu'on a de ce hobby, lors de soirées scène ouverte, sont vraiment délectables). Tout cela nous permet de constater combien sa vocation est émancipatrice pour lui, après plusieurs expériences décevantes au sein de différentes associations, au début de sa carrière. Sa perspicacité par rapport au pouvoir et à la visibilité trouvent leurs échos parmi la génération actuelle des milléniaux de gauche, des deux côtés de l'Atlantique, par exemple chez Zack Polanski, du parti des Verts britannique, et le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, qu'on aperçoit à la fin du film, dans un moment d'optimisme prudent.
Just Look Up ne fait jamais dans le détachement ou l'argumentation directe : la caméra du chef opérateur Timothy Grucza voyage en voiture à la place du mort avec ces intrépides vingtenaires, ce qui nous permet de vivre par procuration l'excitation, ainsi que le danger, qu'il y a à "leur" montrer de quel bois ils se chauffent, quitte à récolter quelques bleus en souvenir. Pour ce qui est des détails plus techniques et scientifiques sur la phase de dépassement de tous les seuils de la crise climatique, les auteurs partent du principe qu'on est à jour sur les derniers développements, à moins qu'ils ne préfèrent se concentrer sur les actes de protestation controversés du groupe. L'omission la plus flagrante est certainement celle des raisons qui ont amené Greenberg à se radicaliser. Après des décennies d'activisme écologiste, le monde développé n'a rien changé à ses mauvaises habitudes, mais Just Look Up montre Greenberg comme un convaincu de la première heure qui souhaite nous alerter, à juste titre, sur le fait que le ciel est en train de nous tomber sur la tête.
Just Look Up est une coproduction entre les États-Unis et le Danemark qu'a pilotée Final Cut for Real.
(Traduit de l'anglais)
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