Critique : Ceux qui comptent
par Aurore Engelen
- Jean-Baptiste Leonetti signe une comédie familiale qui débute sous des auspices loufoques avant de prendre une tournure plus grave

Le cinéaste français Jean-Baptiste Leonetti a présenté en avant-première belge au Love International Film Festival de Mons son nouveau long métrage, Ceux qui comptent, avec Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin. Leonetti s’est fait remarquer en 2011 avec son premier long métrage, Carré Blanc [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film], un thriller d’anticipation grinçant. Il revient avec une comédie à première vue volontiers loufoque, qui chemine peu à peu vers des contrées cinématographiques plus dramatiques, offrant à ses interprètes un terrain de jeu exaltant.
"On n’est pas pauvres, on est fauchés !", se défend Rose (Sandrine Kiberlain). Dès la première scène du film, elle apparait d’ailleurs comme une sorte de super-héroïne ménagère, arpentant les rayons d’une grande surface avec un caddie plein à craquer, et plus d’un tour dans son sac pour éviter de passer à la caisse. Rattrapée par la sécurité, elle est à son tour sauvée par un inconnu, qui file sans demander son reste. Sauf qu’elle ne peut se résoudre à ne pas au moins le remercier. Alors Rose suit Jean (Pierre Lottin), et découvre qu’il vit seul, dans une camionnette pas franchement salubre. Il se trouve que Rose vit avec ses trois enfants dans un grand hôtel désaffecté. Il n’y a pas exactement tout le confort, mais il y a de la place. Sans compter qu’il y a de la place dans leur vie aussi. Pour rester ensemble, ils ont besoin d’un complice qui joue les pères de substitution auprès des autorités qui menacent de placer les enfants. Alors que Jean est secret et taciturne, Rose est bavarde et enjouée. L’eau et le feu. Spectateurs de cette alliance des contraires qui prend petit à petit une drôle de tournure, les enfants cherchent leurs marques. Simon (Alexis Rosenstiehl), l’aîné qui prend très à cœur son rôle d’homme de la maison peine à lutter contre son instinct de protection ; Tess (Louise Labeque), la cadette qui rêve de devenir styliste, observe avec clairvoyance ces deux solitudes qui s’apprivoisent. Quant à Emily (Alma Ngoc), la petite dernière, elle se demande ce que tous ces adultes et presque adultes lui cachent. Car la quête d’un "faux" père de Rose n’est pas aussi innocente qu’il y parait.
Ceux qui comptent commence comme une comédie des contraires, matinée d’une comédie de l’usurpation où les dialogues font mouche. Mais le rire nait sur les cendres d’une précarité financière délétère pour Rose comme pour Jean, et qui en cache peut-être une autre, plus profonde. Alors que la situation perd de sa légèreté apparente, les enfants deviennent sans en avoir conscience arbitres d’un jeu dont on ne leur a pas expliqué les règles. Si cette dramatisation prend un tour un peu appuyé, la performance des jeunes comédiens est à la hauteur de ce changement d’enjeux narratifs. Alexis Rosenstiehl incarne avec une vérité peu commune la fragilité féroce de l’adolescence, Louise Labècque est aussi profondément empathique que magnétique, et la jeune Alma Ngoc leur tient la dragée haute.
Ceux qui comptent est produit par Les Films du 24, et coproduit par France 2 Cinéma. Les ventes internationales sont assurées par SND. UGC sortira le film en France le 25 mars prochain, tandis qu’Athena Films le sortira le 1er avril en Belgique.
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