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STOCKFISH 2026

Critique : Joan of Arc

par 

- L'Islandais Hlynur Pálmason parvient à invoquer, en à peine plus d'une heure, la magie visuelle espiègle du film avec lequel celui-ci fonctionne en binôme, L'amour qu'il nous reste

Critique : Joan of Arc
Grímur Hlynsson (à gauche) et Þorgils Hlynsson dans Joan of Arc

C'est de la succession des quatre saisons dans toute leur splendeur, dans les paysages islandais, que Hlynur Pálmason (Godland) régale le spectateur dans son nouveau film, Joan of Arc, qui dépasse largement la plupart des descriptions écrites qu'on a tenté de lui donner. Le cinéaste a à vrai dire commencé de tourner Joan of Arc deux ans avant d’entamer The Love That Remains, sélectionné à Cannes l'année dernière, en construisant juste devant chez lui une petite maison à l’épreuve des intempéries pour y installer sa caméra, ce qui lui a permis de braquer un objectif parfaitement fixe sur les variations saisonnières et les bourrasques. Joan of Arc n’a cependant rien de statique, grâce à la manière dont le réalisateur joue avec les strates de couleur, de lumière et de son que marie la nature islandaise.

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Joan of Arc, qui a été présenté en première mondiale à San Sebastian l'année dernière parallèlement à une installation réunissant des travaux photographiques et des sculptures de Pálmason qu'on voit aussi dans The Love That Remains et fait office de binôme de cet autre travail, a fait sa première islandaise au Festival Stockfish Film & Industry en présence du réalisateur (et scénariste, et chef opérateur), qui a ensuite participé à une rencontre animée avec le public.

Le nouveau film de Pálmason s’ouvre sur des moments de jeu et de chamailleries entre ses deux fils, Grímur Hlynsson et Þorgils Hlynsson, bientôt rejoints par sa fille, Ída Mekkín Hlynsdóttir, qui se mêle aux badinages en cours. Leur activité est montrée isolément de tout contexte extérieur, même si le film est linéaire : ce que suit le spectateur est l’avancée de la création de la sculpture représentant la figure du titre, jusqu'à sa destruction. La récurrence de séquences où l’on voit des gens tirer des flèches sur la statue de Jeanne d’Arc achevée devient de plus en plus drôle (le public islandais présent à la première du film riait à gorge déployée, comme face à une comédie à part entière, manifestement parce qu'il a été sensible à des nuances de dialogue plus difficiles à capter pour le non-autochtone), mais la comédie n’est jamais plaquée juste pour varier les plaisirs.

Une reprise planante, au synthétiseur, du célèbre "Clair de lune" de Claude Debussy s’impose d’emblée comme le pivot musical du film et subjugue le spectateur en soulignant, sans sentimentalisme, le côté éthéré de l'environnement dans lequel on se trouve, auquel fait pendant l’apparente banalité des jeux d’enfants montrés. Pálmason découpe le cadre pour en faire un triptyque horizontal (réunissant premier plan, plan moyen et arrière-plan) qu’il "manipule" en usant des éléments offerts par la nature pour créer des décors extrêmement dynamiques. À travers les nappes de brouillard qui masquent les montagnes, les perturbations sonores, les variations de lumière et les précipitations de toutes sortes qui surviennent au fil des saisons, le cinéaste islandais parcourt ces dernières comme on bat un jeu de cartes, composant une série d’images absolument uniques.

Lorsque des oiseaux entrent dans le champ, ils modifient encore l’expérience de visionnage (en tant qu'êtres vivants supplémentaires apparaissant à l'image), et quand les enfants passent de l’herbe de la première scène au gel hivernal, on dirait qu’ils franchissent une barrière tacite, tirant le public de sa rêverie. Ces infimes changements sont à chaque fois tellement surprenants qu’ils modifient totalement notre manière de regarder le film. Pálmason fait ici preuve d’une grande maîtrise et de beaucoup d'inventivité au niveau du montage et de composition, au point que la caméra n’a même pas besoin de bouger pour que ce film se démarque comme un des titres les plus soigneusement filmés de l’année.

Joan of Arc a été produit par Still Vivid (Islande) et Snowglobe (Danemark) en coproduction avec Maneki Films (France). Les ventes internationales du film sont gérées par New Europe Film Sales.

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(Traduit de l'anglais)

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