Critique : Magilligan
par Giorgia Del Don
- Ross McClean raconte le quotidien d'un jeune homme qui se bat contre les démons qui le tourmentent et règle ses comptes avec un passé familial compliqué

Après y avoir dévoilé le court-métrage No Mean City en 2025, le cinéaste nord-irlandais Ross McClean est de retour à Visions du réel avec son premier long-métrage, Magilligan, sélectionné dans la compétition internationale longs-métrages. Ryan, le sujet du film, que le réalisateur connaît depuis des années et qui lui a inspiré le court-métrage Hidenbank, se retrouve continuellement en prison à cause de son comportement violent et de sa toxicodépendance. L’enfermement est pour Ryan presque une seconde nature, comme si ces deux mondes que sont l'intérieur d'une prison et le dehors n’étaient désormais qu’une seule et même chose. Quand le monde extérieur n’a rien d’autre à offrir que violence et confusion, la prison peut-elle vraiment être considérée comme une punition ? À l’instar de Ryan, Magilligan, la splendide péninsule située dans le comté de Derry, en Irlande du Nord, où se déroule le film, porte en elle une histoire douloureuse et conflictuelle. Là, des paysages naturels à couper le souffle côtoient des ressentiments profonds et dévastateurs.
D'une certaine manière, Magilligan prolonge le propos de Hidenbank, qui se passait entre les murs de la prison où Ryan purge actuellement une peine de dix ans. Ce qui intéresse le réalisateur, chose qu’il développe à présent davantage, c’est d’approfondir le lien entre l’environnement social et familial de Ryan et le désarroi qui rend sa vie suffocante. Bien que sa relation avec son père ne soit pas abordée directement, le film nous fait comprendre à quel point l’éducation qu’il a donnée à son fils, fondée sur la violence et l'idée de "ne pas se laisser marcher dessus", dans un conflit permanent entre le "nous" et "les autres", a influencé les choix de vie de Ryan. Toujours aux prises avec les démons qui l’accompagnent aussi bien dans l'enceinte de la prison qu'au dehors, ce dernier va enfin connaître, au contact des moutons dont il s’occupe grâce à un programme de réinsertion proposé par la prison où il purge sa peine, l’affection dont il a toujours été privé. Avec eux, il noue pour la première fois une relation profonde et désintéressée, fondée sur le respect et la tendresse. La manière dont il les observe et les caresse transforme littéralement son visage, nous laissant entrevoir ce qui se cache derrière la carapace qu’il s’est construite. Et si la vraie liberté, celle qui permet de lutter contre le déterminisme social, résidait précisément dans la capacité à éprouver une affection sincère pour un autre être vivant ? Ce qui est certain, c’est que grâce à son film, le réalisateur offre à Ryan un espace où réfléchir et éprouver des sensations nouvelles, où imaginer, même timidement, une vie différente.
Dans une alternance constante entre l’intérieur et l’extérieur des murs de la prison, le film nous fait comprendre que l’emprisonnement de Ryan est bien plus mental que physique, et combien il est difficile pour lui de prendre ses distances avec une histoire familiale marquée par la violence, la douleur et la dépendance (celle à l’alcool dans le cas de son père, aux drogues pour lui). Accompagné par le regard patient et respectueux du réalisateur, attentif à la moindre expression de son visage et à chaque émotion nouvelle que trahit son regard bien qu'il ne s’autorise pas (pas encore) à l'éprouver, le sujet de Magilligan se débat pour se libérer de ce qu’il considère comme inscrit dans son ADN. Sans minimiser ni justifier ce que Ryan a fait, Ross McCLean cherche à identifier les causes de sa colère pour l'amener au-delà du brouillard qui l’emprisonne.
Magilligan a été produit par Nightstaff (Royaume-Uni), Here and Elsewhere (États-Unis) et Little Rose Films (Irlande).
(Traduit de l'anglais)
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