Critique : A Train Passes Every Night and It Never Stops
- Dans son troisième long-métrage documentaire, Vlad Petri observe la vie et la mort marchant main dans la main dans un village roumain

Un train de nuit passe le long d’un petit cimetière de village, quelque part dans les collines, en Transylvanie. Il est tard, de sorte qu'on n’entend aucun bruit, ni provenant de la nature, ni de la civilisation. La musique originale qui accompagne ces images, qui fait surtout appel aux trompettes, est sombre et mélancolique, entre jazz et bourdonnement. Elle installe à la perfection l’atmosphère du nouveau documentaire de Vlad Petri, A Train Passes Every Night and It Never Stops, qui vient de faire sa première dans le cadre de la compétition régionale de ZagrebDox.
À partir de là, Petri nous conduit vers une maison entourée d'un jardin. Il fait toujours nuit – c'est peut-être la même nuit. Des hommes sont assis dehors et débattent de sujets comme la circulation routière et les routes en Allemagne. Les femmes, restées à l’intérieur, conversent sur des sujets plus domestiques. À l'arrière plan, pas si loin, des pleurs et des sanglots se font entendre qui nous rappellent que l’événement qui réunit tout ce beau monde dans cette maison est une veillée funèbre, ce qui signifie que le lendemain sera le jour des obsèques, or dans certains villages, comme celui-ci, les enterrements peuvent faire figure d’événements sociaux majeurs où se retrouvent beaucoup de gens, y compris ceux qui sont partis vivre en ville, dans d’autres villes ou à l’étranger.
Au fil de l’heure et quelques qui suit, Petri nous donne à connaître les traditions locales et les aspects techniques des funérailles en Transylvanie rurale. Les coutumes de l’Église orthodoxe peuvent sembler exotiques aux gens de l'extérieur, mais pour les locaux, elles constituent la norme par défaut : elles sont exécutées presque mécaniquement par le clergé et acceptées telles quelles par les fidèles. Il en va de même de l’approche d'un des fossoyeurs (qui doivent composer avec le terrain escarpé où ils œuvrent et avec l’espace limité pour le caveau familial), de la fanfare, qui joue des marches mélancoliques, ou encore du trio de vieilles dames qui entonnent des chants plaintifs.
Tout n’est cependant pas si mécanique que ça. Le salon de coiffure du village fait office de quartier général des potins, où l’on se pose aussi des questions philosophiques. Par ailleurs, la proximité de la mort réveille chez les gens une certaine pulsion de vie qui fait qu’ils se “défendent”, pourrait-on dire, en usant d'un humour très noir. Par exemple, la doyenne du trio susmentionné y a recours lorsqu’une rumeur commence à courir selon laquelle la veillée en cours serait en réalité la sienne.
Petri, également chef opérateur du film, opte pour un style observationnel net, à l’ancienne, composé de plans fixes, tournés depuis différentes distances, à travers lesquels il fait preuve à la fois d’intérêt marqué et de patience. La caméra ne se met en mouvement qu’une seule fois, quand c'est vraiment nécessaire, et même là, elle évolue de manière géométrique. Ainsi, le cinéaste capte des détails saisissants et remarquables, le sens du rituel, l’esprit du village (qui semble en voie d'extinction), mais aussi des éclats soudains de beauté, comme celle des paysages naturels par temps clair ou des viaducs ferroviaires de l’époque austro-hongroise, qui indiquent que le village fut jadis plus prospère.
Le projet devait initialement prendre une direction différente ; l’idée des funérailles comme tissu conjonctif de la communauté s’est imposée plus tard. Le spectateur attentif remarquera peut-être la présence d'une certaine logique des choses. Elles se présentent par trois, comme les trois trains qui traversent le village à différents moments de la journée, ou les trois enterrements distincts filmés, mais le montage de Maria Bălănean instaure une certaine continuité qui suggère que les pompes funèbres, qui font l'effet d'un seul et même événement ininterrompu, sont surtout un état d’esprit. Ainsi, A Train Passes Every Night and It Never Stops devient une véritable méditation sur la vie et la mort non pas envisagées comme deux forces opposées, mais comme deux parties d'un même tout.
A Train Passes Every Night and It Never Stops a été produit par la société roumaine Activ Docs.
(Traduit de l'anglais)
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