Critique : The Illusion of a Quiet Night
par Muriel Del Don
- Le film de l'Ukrainienne Olga Chernykh est un portrait collectif, poétique et esthétiquement saisissant, de ceux qui se battent pour survivre et cherchent la lumière malgré les horreurs de la guerre

Après A Picture to Remember, qui avait fait l’ouverture de l’IDFA (2023), dans son nouveau long-métrage, The Illusion of a Quiet Night, en lice dans la section Burning Lights de Visions du Réel, la réalisatrice ukrainienne Olga Chernykh évoque de nouveau celles et ceux qui n’ont certes pas choisi la guerre, mais doivent inévitablement la subir. Ils ne se réfugient cependant jamais dans une attitude d'acceptation résignée de cette situation faite d’incertitude et de violence. Ce qu’ils cherchent, c’est plutôt un minimum d’espoir, des signes d’humanité dans un quotidien devenu infernal.
Dans la nuit du 27 au 28 juillet 2025, quarante cinéastes ont traversé toute l’Ukraine : des forêts du Nord aux steppes du Sud, du front aux villes déchirées par les bombardements aériens, pour documenter une seule nuit d’été dans un pays en guerre depuis quatre ans, un territoire envahi et meurtri mais jamais résigné. Ces brefs portraits sont enrichis par la contribution significative d’une centaine de citoyennes et citoyens qui ont filmé leur quotidien en état de siège. Le film d’Olga Chernykh naît précisément de ce travail collectif, de cette pluralité d’expériences. La réalisatrice, adoptant un regard à la fois personnel et multiforme, offre au public une fresque collective qui représente les habitants de toutes les régions de l'Ukraine, y compris les territoires occupés de Donetsk et de la Crimée. Chacun affronte cette nuit à sa manière. Certains estiment n’avoir désormais plus rien à perdre, et se laissent bercer par une musique techno qui devient la bande-son d’un rituel collectif cathartique. D'autres portent le deuil d'un proche. D'autres encore tentent de retrouver un semblant de normalité dans le rythme rassurant d'horaires de travail qui n’ont désormais plus de sens.
Ce qu'Olga Chernykh nous propose d’observer, le temps d’une nuit, c’est une nation qui a changé en profondeur. La légèreté des petits gestes du quotidien s’est muée en peur, en attente angoissée d’un avenir marqué par la destruction et le chaos : un chien se recroqueville, résigné, dans un appartement, en attendant que les bombardements cessent ; une girafe écarquille les yeux, dans un zoo désormais abandonné ; une mère tente de rassurer son enfant en lui disant que les bruits qu’il entend sont ceux, quotidiens, des raids aériens. Malgré cela, l’envie de vivre et de se battre n’abandonne jamais ce peuple meurtri, qui refuse de se laisser écraser. À travers un fugace moment de tendresse, le refus de céder à la terreur, les petits gestes du quotidien qui se font actes de résistance, la lumière fend les ténèbres et nous rappelle que rien n’est encore perdu. The Illusion of a Quiet Night est un film qui transforme la nuit en observatoire de vies brisées mais jamais résignées, d’êtres humains qui tentent de s’accrocher à l’idée que malgré la fatigue et la peur, tout passera, et que la vie reprendra son cours.
Dans The Illusion of a Quiet Night, Olga Chernykh réussit l’exploit de faire cohabiter ensemble et dialoguer une multitude de réalités, de points de vue et de sensibilités. Avec une grande maîtrise, grâce à un montage à la fois finement calibré et poétique, la réalisatrice nous offre le portrait d’une nation qui a transformé la résilience en arme, en manifeste contre l’indifférence. La vie est partout, tapie dans chaque image, furtive, féroce et puissante, déterminée à résister malgré les horreurs d’une guerre injuste et brutale. The Illusion of a Quiet Night est un film qui nous fait espérer que le jour se lèvera à nouveau, en dépit de la noirceur obstinée de la nuit.
The Illusion of a Quiet Night a été produit par Tabor et Suspilne Ukraine.
(Traduit de l'italien)
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