email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

CPH:DOX 2026

Critique : Whispers in May

par 

- Dongnan Chen brosse dans ce documentaire un tableau intime de l'adolescence dans le lointain massif du Da Liangshan, en Chine

Critique : Whispers in May

Whispers in May de Dongnan Chen, en lice dans la section DOX:AWARD de CPH:DOX de cette année, ce qui lui a valu le premier prix (lire l’article), suit une toute jeune fille, Qihuo, 14 ans, qui évolue sur un terrain mouvant, entre la liberté de l’enfance et les responsabilités d’adulte que lui imposent sa famille, les traditions et les circonstances. Si le documentaire peine parfois à trouver son rythme et conserver son élan narratif, le regard plein de compassion qu'il pose sur son sujet et la relation de confiance évidente qui existe entre la réalisatrice et les personnages qu'elle filme donnent vie à un récit d’apprentissage délicat, fait de moments d’émotion fugaces.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Chen adopte d’emblée une approche patiente et observationnelle. Le film s’ouvre sur une série d’images muettes : on voit Qihuo courant à travers les hautes herbes, absorbée par un jeu vidéo, en train de préparer à manger. Ces fragments inscrivent l'œuvre dans un registre lyrique et indiquent sa préférence pour l’observation silencieuse plutôt que l’exposition explicite. Peu à peu, les contours de la situation de Qihuo se dessinent. Ses parents ont émigré loin de chez eux pour trouver du travail et depuis le récent décès du grand-père, la jeune adolescente doit s'occuper de ses cadets, tout en poursuivant sa scolarité. Les conversations téléphoniques avec sa mère, lourdes d’angoisse et de reproches inavoués, révèlent le climat de tension économique et psychologique dans lequel vit cette famille. La caméra de Chen s’attarde sur le visage de Qihuo tandis qu'elle s'efforce d'absorber comme elle peut les consignes qu’on lui donne, captant de subtiles variations d’expression qui témoignent à la fois de sa résilience et de son épuisement, qu'elle garde pour elle.  

Le film veille toutefois soigneusement à ne pas réduire son sujet à une figure accablée. Chen observe aussi les espaces où l’adolescence retrouve brièvement sa légèreté. Après l’école, Qihuo et ses amies Atnyop et Itgop pataugent dans un ruisseau voisin, flirtent timidement avec des garçons et se taquinent avec malice. À travers ces scènes, le documentaire laisse entrevoir des versions plus insouciantes des trois jeunes filles, mettant en lumière la tension entre la curiosité de la jeunesse et les carcans sociaux préétablis qui se referment peu à peu sur elles. L'amitié qui unit les trois adolescentes devient un des éléments les plus touchants du film, apportant une touche de chaleur humaine dans ce tableau qui est aussi celui de la vie rurale en général.

Les choses prennent un tour nouveau quand Qihuo confie à voix basse à ses amies qu’elle a atteint la puberté. Au sein de la communauté Yi locale, cette étape biologique a des implications sociales immédiates : elle signale l’aptitude au travail, et potentiellement même au mariage. C’est à partir de cette révélation que prend son élan le geste narratif central du film. En collaboration avec l'équipe du film, les jeunes filles décident d’entreprendre un petit voyage pour trouver une jupe traditionnelle qui marquerait l'entrée de Qihuo dans sa vie de femme. Le film assume ouvertement ce segment comme une forme de “fiction improvisée”, un dispositif hybride qui brouille la frontière entre observation documentaire et récit mis en scène.

L’expérience a des effets ambivalents. D’un côté, le périple permet aux jeunes filles de découvrir d’autres recoins de leur communauté et ouvre un espace pour des observations culturelles – on assiste notamment à un saisissant rituel funéraire par lequel le défunt est incinéré avec ses effets personnels. De l’autre, la structure épisodique dilue par moments l'émotion invoquée jusque-là. Certaines rencontres paraissent peu nécessaires et le récit devient un peu méandreux, ce qui perturbe momentanément le rythme délicat que Chen essaie d'établir.

Malgré cela, Whispers in May reste porté par un solide sens de la perspective. Les gros plans soigneusement composés et les brèves parenthèses sous forme de dessins animés qui ponctuent le récit confèrent à l’ensemble une texture singulière. Le résultat est un portrait qui révèle assez peu de choses, en termes d'intrigue au sens classique du terme, mais qui, peu à peu, prend tout son sens à travers l’observation.

Dans le cadre d'une compétition où de nombreux titres font dans l'investigation ou sont porteurs de messages politiques urgents, le film de Chen se distingue par sa modestie contemplative. Ce n’est peut-être pas le film le plus captivant de la sélection de cette année, mais sa sincérité et l’accès que lui offrent les jeunes filles filmées en font, pour le spectateur, un travail très touchant.

Whispers in May a été produit par Tail Bite Tail Films (Hong Kong) et Muyi Film (Pays-Bas), en coproduction avec HER Film (Suède) et Seesaw Pictures (Corée du Sud).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy