Critique : La Vénus Électrique
par Fabien Lemercier
- CANNES 2026 : Pierre Salvadori enchevêtre le vrai et le faux, l’art et la duperie, dans le petit théâtre séduisant d’une comédie sentimentale mise en scène de main de maître

"Depuis quand on embrasse les gens parce qu’il fait beau ?" Féru de légèreté, de douceur et d’ironie (pouvant aller jusqu’au burlesque) capturant des personnages aux prises avec les difficultés de l’existence, Pierre Salvadori n’aime rien tant que dissimuler ses multiples talents cinématographiques sous la patine d’une simplicité apparente, évitant comme la peste la beauté écrasante. Une approche à la Billy Wilder (pour ne citer qu’un exemple) qui n’en fait pas un client évident pour les grands festivals brandissant l’étendard des œuvres d’auteurs s‘affichant comme telles. Mais au fil du temps, le réalisateur a perfectionné sa palette jusqu’à décider de se lancer pour la première fois (sur une idée de Rebecca Zlotowski) dans un film d’époque, La Vénus Électrique, qui a ouvert le 79e Festival de Cannes sous le signe des artifices sucrés de la virtuosité narrative.
"Vois et peins le monde pour moi, colore ma nuit." Nous sommes à Paris, en 1928 et Suzanne (Anaïs Demoustier), attraction d’une fête foraine où elle délivre sur scène des baisers électriques, se fait passer, sur un malentendu et par vénalité, pour une médium, à la demande désespérée, gorgée de culpabilité et d’alcool, d’Antoine (Pio Marmaï), un artiste peintre cherchant à rentrer en contact avec Irène (Vimala Pons), sa compagne récemment décédée. Encouragée financièrement par le marchand d‘art Armand (Gilles Lellouche) qui constate que la supercherie fait revenir Antoine à la vie et au travail, la jeune femme poursuit donc les rendez-vous truqués avec le fantôme d’une femme dont elle découvre bientôt les secrets dans ses journaux intimes. Mais de vrais sentiments commencent à émerger, compliquant grandement la situation ("à deux, on était trois, mais tout d’un coup, on était deux et j’étais seule")…
Assumant totalement son mélange d’artifice (rythme hyper soutenu et rebondissements rocambolesques, presque comme on déroule une carte au trésor) et de réalisme social en arrière-plan (l’art et l’argent, les classes sociales), le film fait preuve d’une inventivité ludique de tous les instants dans son exploration de la duplicité. Le cinéaste développe (un scénario qu’il a écrit avec Benoît Graffin et Benjamin Charbit) et enchevêtre progressivement deux temporalités, redonnant vie aux souvenirs d’Irène et tissant ainsi le lien entre les deux femmes autour de son sujet principal de la quête du bonheur : "un nouvel amour n’en efface pas un autre", mais "le coup de foudre, ce n’est pas une idée, une métaphore, c’est une sensation, un trouble." Un champ d’exploration de l’expérience affective dont Pierre Salvadori s’empare avec un remarquable savoir-faire de mise en scène et un sens aigu des détails sous l’apparence désinvolture d’une comédie théâtrale qui régale ses interprètes et fait sourire le spectateur.
La Vénus Électrique a été produit par Les Films Pelléas et coproduit par France 2 Cinéma, Versus Production, Pio & Co, Tovo Films, la RTBF, Be tv et Orange, et Proximus. Playtime pilote les ventes internationales.
Galerie de photo 12/05/2026 : Cannes 2026 - La Vénus électrique
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© 2026 Fabrizio de Gennaro for Cineuropa - fadege.it, @fadege.it
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