email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

FILMS / CRITIQUES Italie / Belgique

Critique : Illusione

par 

- Le nouveau film de Francesca Archibugi est un thriller qui combine trafics sexuels internationaux et personnages aux prises avec leurs propres ombres, dans le sillage d'une jeune fille “magique”

Critique : Illusione
Michele Riondino et Angelina Andrei dans Illusione

Tout est parti d’un entrefilet lu dans un journal de province. Une très jeune femme (peut-être mineure, peut-être originaire de l’Est) avait été retrouvée dans un fossé de la banlieue de Pérouse, bien habillée, entre la vie et la mort. Le lendemain, plus personne n’en parlait. "On aurait dit que le monde se fichait de cette jeune fille, alors je me suis dit ‘ok, eh bien, moi ça m’importe’", souligne Francesca Archibugi pour expliquer ce qui a donné lieu à son nouveau film, Illusione, qui a été dévoilé en octobre dernier à la Fête du cinéma de Rome puis sélectionné au Bif&st et se prépare à arriver, le 7 mai, dans les salles italiennes (avec 01 Distribution). À partir de la jeune fille retrouvée, Archibugi a construit un personnage de fiction et imaginé une enquête sur son cas tout à fait mystérieux impliquant tout un univers de mafias, d’exploitation et de pouvoir qui mène jusqu’au Parlement européen.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Illusione, co-écrit par la réalisatrice avec son complice de longue date, Francesco Piccolo, et avec Laura Paolucci (qui a aussi signé, avec Archibugi et Piccolo, le scénario de Il colibrì) à partir d’un traitement de pas moins de 90 pages, est un film dense et bien structuré qui parle de trafic sexuel international mais aussi et surtout des êtres humains qui y sont liés, puisqu’à l’enquête judiciaire s’ajoute une enquête psychologique qui scrute, de différentes manières, les ambiguïtés de tous les personnages. Au centre de l'histoire se trouve Rosa Lazar (incarnée par Angelina Andrei, pour la première fois à l'écran), une Moldave de 15 ans vivace qui semble venir d’une autre planète : elle est belle, blonde et toujours joyeuse et radieuse, malgré les coupures et les bleus qu’elle porte depuis qu’on l’a retrouvée inanimée au bord d’une route. Elle est recueillie dans une maison d’accueil et l'affaire est confiée à l’austère substitut du procureur Cristina Camponeschi (Jasmine Trinca) ainsi qu'à un psychologue pour enfants au quotidien chaotique, Stefano Mangiaboschi (Michele Riondino). Rosa s’éprend de ce dernier, qui ne tarde pas à repérer chez elle un trouble psychique la poussant à déformer la réalité. La jeune fille se montre à la fois ingénue et effrontée, et totalement inconsciente du mal qu’elle a subi.

Dans un va-et-vient entre présent et passé, le film se concentre sur l’histoire de cette enfant vivant dans un corps de femme qui semble faire confiance à tout le monde, y compris à des gens dont elle devrait se méfier, et dont le rêve est de devenir mannequin. Après avoir gagné un concours de beauté local, Rosa, originaire d’un village pauvre de la périphérie de Bucarest, est prise en charge et emmenée en France (à Strasbourg) par son cousin, qui la fait entrer dans les hauts lieux du pouvoir où circulent argent, drogue et sexe. Là, Rosa devient célèbre sous le nom de "la vierge moldave". Sa compagnie est très demandée, jusque dans les étages supérieurs des institutions européennes. Ce qui l'a amenée à se retrouver dans un fossé à Pérouse, après avoir été battue, est reconstitué pas à pas tandis que dans le présent se mettent à émerger les zones d’ombre de ceux qui s’occupent de son affaire (y compris le commissaire adjoint local interprété par Filippo Timi et l’épouse de Stefano, jouée par Vittoria Puccini, qui le met en garde contre les dangers du transfert) : rivalités et soupçons, passés houleux, dysfonctionnements familiaux, crises de couple, dilemmes moraux, déformation par les médias. Le psychologue finit par avoir des ennuis et se retrouve soupçonné de comportements inappropriés, tandis qu’on tente encore de comprendre ce qui est arrivé à la petite Rosa au cours de sa descente aux enfers.

Trop de sujets sur le feu ? Peut-être, mais le récit n’en est pas moins construit de manière captivante, et Andrei mérite une mention spéciale : elle donne vraiment un corps et une âme à cette fille "magique" (fée pour les uns, sorcière pour les autres) dont la fragilité est précisément ce qui l'immunise contre les horreurs du monde.

Illusione a été produit par Fandango avec Rai Cinema, en coproduction avec Tarantula Belgique. Les ventes internationales du film sont également gérées par Fandango.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy