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CPH:DOX 2026

Critique : A Song Without Home

par 

- Rati Tsiteladze présente un documentaire impressionniste qui continue de vous hanter après, où l'on suit une femme trans qui a fui son village pour se réfugier à Vienne après avoir été emprisonnée chez elle pendant 11 ans

Critique : A Song Without Home

Dans un plan en noir et blanc au format 4:3, une jeune femme, cigarette à la main, est assise sur un canapé entre sa mère, en larmes, et son père, impassible. Elle explique à la caméra qu’elle n’a pas quitté la maison depuis 11 ans. Adelina est une femme trans, or dans la Géorgie rurale, non content de couvrir toute la famille de honte, cela constitue aussi une menace potentielle pour sa vie. Cette séquence fait partie des plans d’ouverture du premier long-métrage documentaire du cinéaste géorgien Rati Tsiteladze, A Song Without Home, qui vient de faire sa première mondiale dans la compétition DOX:AWARD du CPH:DOX et de décrocher une mention spéciale du Mermaid Award au Festival international du film documentaire de Thessalonique.

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Adelina s’enfuit à Vienne, soutenue par sa mère et maudite par son père – qui ne s’adresse à la caméra qu’une seule fois, pour dire avec colère qu’il ne veut pas en parler. En tant qu’aspirante danseuse avec très peu de connaissances en allemand, elle est contrainte de recourir au travail du sexe, en ligne et en personne. Elle a bien une amie (une autre femme trans géorgienne), mais ce qui ressort le plus nettement du film, c’est son sentiment constant de solitude, de déracinement et d’incertitude par rapport à son identité.

Tsiteladze, qui s'est aussi occupé de l'image et du montage de son documentaire, la suit souvent caméra à l’épaule tandis qu’elle marche, court ou danse dans les rues désertes de Vienne la nuit, pendant qu'en voix off, elle fait part de ses souvenirs, ses peurs, ses doutes et ses espoirs. L'apparence majestueuse des extérieurs de la ville tranche nettement avec son univers intérieur tourmenté. Pendant ce temps, la mère est toujours chez elle. Elle s'est séparée de son mari violent et elle a obtenu une ordonnance restrictive, pour qu'il ne s'approche plus d'elle. Elle est dans un état nerveux déplorable, dort un couteau sous l’oreiller, pleure sans cesse et cherche sans grande conviction une aide professionnelle, ce qui n’est pas facile à trouver là où elle vit. Si l’on éprouve de l'empathie et de la compassion pour Adelina, la situation de sa mère rend immensément triste.

Le film est aussi profondément perturbant que touchant, Tsiteladze optant pour une approche multiple mais cohérente, et nettement impressionniste. Le noir et blanc est réservé aux premières scènes, en Géorgie, et à certains souvenirs d’Adelina, alors que les images du présent sont intensément colorées. C’est particulièrement vrai pour les scènes sombres, à la fois mélancoliques et menaçantes, qui montrent avec discrétion Adelina dans ses activités de travailleuse du sexe en personne. Les ampoules rouges, vertes et violettes qu'elle a disposées dans son appartement éclairent un peu ses zones les plus obscures. Le rouge domine, et elle porte souvent du rouge à lèvres et des vêtements de cette couleur. Par moments, l’image se dédouble ou devient triple, et les lumières s'étalent et se fondent les unes dans les autres. Quand elle danse devant le miroir, pour préparer une audition, ou quand elle est face à la webcam, avec des clients, l’image est plus sobre, mais les prises de vue sont effectuées de biais : elle est filmée en plongée ou en contre-plongée. Car même à Vienne, elle ne peut pas se sentir en sécurité : un Géorgien se connecte et la menace de la tuer. "Tout ce que je veux, c’est me sentir humaine", dit-elle à un client.

La musique et le sound design de Marius Leftărache, méticuleusement conçus, sont omniprésents et jouent un rôle décisif dans la manière dont le réalisateur nous guide à travers le récit et l'état d’esprit des personnes filmées. Le film a aussi un aspect religieux, flou et fiévreux mais indéniable, qui reflète aussi la précarité psychologique et émotionnelle des deux femmes, comme quand Tsiteladze montre successivement Adelina se signant devant la cathédrale Saint-Étienne sur le Lac des cygnes de Tchaïkovski, puis, après une coupe franche, sa mère debout à l’ombre d’une ancienne église géorgienne.

A Song Without Home a été produit par la société géorgienne ArtWay Film.

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(Traduit de l'anglais)

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