Critique : Les Matins merveilleux
par Aurore Engelen
- CANNES 2026 : Avril Besson signe une comédie plus douce qu’amère qui défie les attentes, portée par le duo aussi singulier que rayonnant formé par India Hair et Raya Martigny

Avril Besson présente en première mondiale en Sélection officielle à l’occasion de ce 79e Festival de Cannes son premier long métrage de fiction, Les Matins Merveilleux, projeté dans le cadre des Séances spéciales. Il fait suite à son court métrage, Queen Size, dont il est une prolongation artistique évidente, à commencer par son duo d’actrices composé d’India Hair et Raya Martigny. Nommé aux César, le court métrage a circulé dans une centaine de festivals à travers le monde, récoltant de nombreux prix, notamment du public. Les Matins merveilleux s’impose comme un bel écrin pour son casting, magnifié par la douce lumière d’hiver du Sud de la France, éclairé par des sentiments d’autant plus beaux qu’ils sont inattendus qui voient le jour dans le drame, l’amour naissant sur les cendres des deux deuils qui encadrent le récit.
Ça commence par une mort, un cadavre à déplacer, une vérité à camoufler. Ça commence par l’attente téléphonique des pompes funèbres, qui n’en finira pas de résonner. Ça commence par Charlie (India Hair), "pas de thune, pas de mec, pas d’enfant, mais une tombe", qui traverse la France pour livrer une caisse de vinyles à un inconnu recommandé par sa défunte grand-mère. Sous le soleil, ou plutôt dans la nuit noire de son arrivée, Charlie tombe sur Marina (Raya Martigny), bonne fée qui l’accueille, et même la recueille, avant de l’accompagner dans une quête personnelle qui fait des détours. Marina est là depuis toute sa vie, mais elle compte bien partir dès qu’elle en aura l’opportunité. Autour d’elles gravite une petite communauté, un vieux parrain alité, un ancien copain d’école, une ado qui vit tout dans un présent absolu, et puis Titou, celui qui a connu la mère de Charlie, et qui lui offre, via une cassette vidéo, des retrouvailles inespérées, à travers les époques. Toutes deux orphelines ou presque, Charlie et Marina vont peu à peu s’apprivoiser pour mieux s’épauler. Quand l’une se donne sans calculer, l’autre se protège instinctivement.
Avec ce premier long métrage, Avril Besson livre une comédie légère et tendre sur des sujets graves, faite de petits riens, sur la vie qui passe, parfois trop vite, et qu’il est précieux d’attraper en vol. Avec une belle agilité, le scénario échappe sans cesse aux chemins pourtant balisés qu’il feint d’emprunter, multipliant les pistes, n’hésitant pas à s’égarer sur des chemins de traverse. Charlie l’orpheline sans père ne sait pas exactement ce qu’elle cherche. Ouverte à toutes les révélations, elle fera deux grandes rencontres, avec Marina, mais aussi avec sa mère, ressuscitée dans sa jeunesse, avec laquelle elle va entamer un dialogue par pas de danse interposés. On connait le talent singulier d’India Hair, tout entier contenu dans une séquence où on la voit regarder les images de sa mère. A sa candeur bouleversante répond la retenue fragile de Raya Martigny, les deux actrices inoculant par leur présence une profondeur particulière à quelques scènes qui auraient pu sembler attendues sans cela. Les Matins merveilleux, modeste comédie mélancolique émancipé des contraintes du genre, offre un écrin tendre et lumineux à la sincérité de ses deux interprètes principales.
Les Matins merveilleux a été produit par To Be Continued (France), en coproduction avec Topshot Films (France). Les ventes internationales sont pilotées par Loco Films.
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