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CANNES 2026 Quinzaine des Cinéastes

Critique : La libertad doble

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- CANNES 2026 : Lisandro Alonso retourne sur le terrain du film fondateur pour lui qu'a été La libertad, et se remet à suivre la vie du même bûcheron de Las Pampas 25 ans plus tard

Critique : La libertad doble
Misael Saavedra dans La libertad doble

Le cinéaste argentin Lisandro Alonso revient aux origines de sa carrière (et ce faisant à la source de ce que l’on a appelé le mouvement du “slow cinema”) avec La libertad doble, suite tardive donnée à La libertad (2001). Vingt-cinq ans plus tard, on retrouve d’abord Misael (Misael Saavedra, qui incarne ici une version librement interprétée de lui-même) exactement là où on l’avait laissé : il continue de vivre une vie spartiate faite du labeur manuel qu'il s'impose seul. Il passe ses jours à abattre des arbres, à travailler le bois et à cultiver quelques liens de sociabilité avec les commerçants qu’il approvisionne. Pourtant, comme on le découvre très vite, ce film est bien différent de son prédécesseur, car Misael doit gérer une urgence impliquant sa sœur (l’éminente actrice chilienne Catalina Saavedra – sans lien de parenté avec Misael), qui souffre de graves troubles psychiatriques. Alonso ne se contente pas ici de se référer à La libertad : il intègre à son nouveau travail des leçons et des aspects tirés de tous les longs-métrages qu'il a réalisés à ce jour, livrant une œuvre puissamment habitée et caractéristique qui vient de faire sa première mondiale dans le cadre de la Quinzaine des Cinéastes de Cannes.

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Comme Albert Serra le faisait avec Liberté (un film très différent, mais porté par un esprit artistique apparenté à celui du réalisateur argentin), Alonso nous invite à interroger ce que recouvre réellement ce terme de liberté et à observer comment il peut se matérialiser à l’écran. La question n'est simple qu'en apparence : l’isolement absolu de Misael dans la Pampa et son autosuffisance peuvent relever autant de l'auto-aveuglement que de l’utopie, puisqu’il règle lui-même le tempo de sa vie et assume l’entière responsabilité de son indépendance économique. Le cinéaste réfléchit aussi à travers Misael à sa propre démarche, lui qui se présente également comme affranchi des contraintes de son médium et libre de poser sur le patient savoir-faire de Misael un regard à la fois extrêmement brut et visuellement fascinant.

Dans des films comme Los Muertos et Liverpool, Alonso hypnotisait le spectateur par la manière dont il rendait une dynamique de déplacement plus déambulatoire, liant le temps du film aux mouvements en temps réel de ses personnages. Avec La libertad doble, c'est l’inverse : le film progresse vers une confrontation avec la responsabilité. Quand Micaela sort d’un hôpital psychiatrique voisin (dont elle avait tendance à s'échapper de temps en temps, notamment pour se saouler), l’établissement subissant de plein fouet la politique d’austérité de l’État (allusion explicite à l’ère Milei en Argentine), sa famille proche doit assurer sa prise en charge à domicile (avec les médicaments antipsychotiques qui continueront d’être fournis par l'hôpital). Ainsi, Misael et Micaela, désorientée mais toujours attentive, doivent apprendre à cohabiter, et le film d’Alonso devient une expérience visant à éprouver la compatibilité de leurs libertés respectives où finit par être formulé, sans surprise, l’aveu lucide selon lequel elles le sont sans doute peu.

Micaela paraît constamment stimulée par son environnement, en particulier par les oiseaux et la texture des branches d’arbres qu’elle aime serrer dans ses bras, comme si elles étaient porteuses d'une signification spirituelle latente. À l’inverse, la “liberté” de Misael a beaucoup servi d’alibi pour ne pas se soucier d’autrui et rester apathique face aux besoins plus complexes des autres. L’atmosphère paraît à la fois prélapsaire et post-apocalyptique, tant la distance avec la vie et la sociabilité telles que nous les connaissons est palpable. Les nombreux animaux qu’on observe, au premier rang desquels un agneau noir à l’air mélancolique qui s'est égaré loin de son troupeau, semblent en bien meilleure harmonie avec cet environnement plat et caillouteux. Au début des années 2000, La libertad et Los Muertos ont pu apparaître, pour certains, comme un défi d'exigence cinématographique. La libertad doble n'est pas aussi radical, mais son éloquence, sa patience et sa sagesse en imposent, surtout si on le compare à la plupart des films d’auteur contemporains.

La libertad doble est une coproduction entre le Chili, l’Argentine, le Luxembourg, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Uruguay et les États-Unis qui a réuni les efforts de Planta, Deptford Film et 4L, en coproduction avec Les Films Fauves, The Match Factory Productions, Cimarrón, Pulpa Film et Carte Blanche. Les ventes internationales du film sont assurées par Luxbox.

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(Traduit de l'anglais)

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