email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

CANNES 2026 Compétition

Critique : Garance

par 

- CANNES 2026 : Une fantastique Adèle Exarchopoulos colore d’un maximum d’humanité une étude d’une grande précision sur l’addiction à l’alcool signée Jeanne Herry

Critique : Garance
Adèle Exarchopoulos dans Garance

"Ce n’est pas si mal de se poser cette question de temps en temps : est-ce que j’ai envie de vivre ?" Présente pour la première fois en compétition au Festival de Cannes, Jeanne Herry n’a pas dévié de la ligne directrice de son cinéma auscultant en fiction avec justesse et sous toutes les facettes de leurs dimensions humaines de poignants sujets de société (la naissance sous X et l’adoption dans Pupille, la justice réparatrice dans Je verrai toujours vos visages). Mais contrairement à ces deux opus précédents, la réalisatrice a décidé cette fois de ne pas tisser son constat au cœur d’un film choral, mais de l’incarner dans toute sa complexité ("tout ce qu’elle traverse et ressent"), à travers un unique personnage. Grand bien lui en a fait car dans Garance, Adèle Exarchopoulos délivre une performance exceptionnelle, donnant un visage empathique XXL au trajet d’une jeune femme plongée dans l’une des addictions les plus sournoises qui soient, de par son côté social et festif : l’alcoolisme.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

"On a besoin de prendre de la distance avec toi." Pour la jeune trentenaire et ultra sympathique Garance, les portes se ferment progressivement dans son existence de comédienne galérienne, jouant les utilités dans les coulisses du théâtre ou rétrogradée pour les spectacles pour enfants. Une trajectoire dans laquelle elle a l’impression de ne pas avoir le choix et de subir les évènements : les castings qui ne répondent pas et une précarité économique fragilisant son quotidien (épuisants et répétitifs trajets en train, colocation, déconvenue amoureuse). Mais en bon petit soldat, elle continue à avancer, sans se rendre compte qu’un gouffre s’ouvre sous ses pieds, alimentée par la peur de l’isolement, du vide, de l’avortement de ses rêves. Alors elle se jette dans la fête et elle boit de plus en plus, dédaignant les avertissements ("c’est une béquille le soir et un coup de poing dans la tête le lendemain matin") et se réfugiant dans le déni ("Ce n’est pas un tribunal, mais on ne veut plus te voir comme ça, il faut te faire aider, on ne veut plus te regarder sombrer… Ton problème avec l’alcool – De quoi vous mêlez-vous ? Quel problème ?" Avec comme seule lumière, l’amour partagée avec la scénographe Pauline (Sara Giraudeau), Garance va devoir néanmoins tomber le masque sur ses angoisses noyées dans le vin blanc, car tout va de mal en pis… Mais peut-elle et veut-elle changer ? N’est-il pas déjà trop tard ?

En traçant avec dynamisme ce portrait émouvant ("tu as compris qui je suis ?") sur huit d’années, Jeanne Herry (qui a écrit le scénario) amène méthodiquement, phase par phase, mais avec beaucoup de naturel (grâce à son interprète principale), le sujet de l’addiction. Enfermement psychologique, doutes, fragilisation, déstabilisation, angoisses : la profondeur des dégâts est habilement dévoilée par strates successives au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue et la dureté du propos est partiellement amortie par les à-côtés affectifs et la fougue (qui ne manque pas d’humour) du personnage de Garance. Un adoucissement (très relatif car "les gueules de bois des enfers", les nuits titubantes, la mémoire en compote et les déboires professionnels, ne manquent pas) qui permet au film de délivrer un tableau clinique et pédagogique pénétrant, en canalisant à sa juste place son enveloppe mélodramatique. Cette formule très contrôlée sur la définition de l’identité et les choix qui la constituent, assume un certain degré d’artificialité (un jeu appuyé sur la musique pour emballer le propos, un volet familial du récit qui ajoute du drame au drame, le chemin pavé de difficultés de la rédemption), mais elle sait surtout tirer parti à merveille de la fraicheur et du talent d’Adèle Exarchopoulos pour accomplir sa mission cinématographique humaniste.

Garance a été produit par pour Chi-Fou-Mi Productions et Trésor Films, et coproduit par France 3 Cinéma, par la société belge Artémis Productions et par StudioCanal qui pilote les ventes internationales.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Galerie de photo 17/05/2026 : Cannes 2026 - Another Day

26 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Jeanne Herry, Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau
© 2026 Fabrizio de Gennaro for Cineuropa - fadege.it, @fadege.it

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy