email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

CANNES 2026 Séances spéciales

Critique : Le mystère Lucy Lost

par 

- CANNES 2026 : Olivier Clert signe un film d'animation pour toute la famille, adapté d'un roman anglais très populaire, sur le traumatisme vécu pendant l'enfance, en pleine Première Guerre mondiale

Critique : Le mystère Lucy Lost

Parmi les films d’animation les plus attendrissants qu'ait présentés Cannes cette année (en l'espèce parmi les Séances spéciales) figure un récit, Le mystère Lucy Lost, qui revient sur les plaies laissées par la Première Guerre mondiale à travers les yeux d’une fillette de onze ans. Le film, réalisé par Olivier Clert, est la toute dernière production du studio français d’animation Xilam (J'ai perdu mon corps). Il raconte l’histoire de son héroïne (doublée par Charlie Rosenzweig) avec une émotion remarquable, sans éluder les thèmes de l’aliénation et de la discrimination, tempérés par l’émerveillement de l’enfance. Le film s’ouvre alors que Lucy est tirée des rivages des îles Scilly, près des Cornouailles, où elle s’était aventurée pendant une crise de somnambulisme – une vision fantastique montre ses rêves, qui l’attirent vers l’eau, sans qu’on sache pourquoi. Ce qui se lit clairement sur le visage de ses parents, tandis qu’ils se pressent l'un l'autre de ne faire aucun bruit et baissent la lumière sur le chemin du retour, c’est l’inquiétude et la peur de la stigmatisation.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
insularia_Josué

Il semble que Lucy soit confinée chez elle depuis quelque temps déjà, sans espoir de retourner à l’école dans l'immédiat alors que son frère, un gamin enjoué nommé Alfie (Zach Valentin-Dattas), a la chance de pouvoir avoir une vie sociale. Une vague soudaine d’empathie submerge le spectateur, devant cette famille qu’il vient à peine de rencontrer dans la première scène, et devant leurs visages doux et arrondis et leurs voix tendres qui s'assurent constamment que Lucy se sent bien malgré la condition qui la rend fragile. Il faut un peu de temps avant de comprendre ce qui tourmente la famille Wheatcroft, et pourquoi elle craint pour le bien-être de Lucy. Par ailleurs, les cheveux totalement blancs de la fillette lui valent des moqueries et des accusations de sorcellerie, ce qui nous rappelle que les enfants peuvent être aussi gentils qu'ils peuvent être injustes.

C'est extrêmement rafraîchissant, de voir un film d’animation qui traite de la santé mentale des enfants avec autant de tact et de sincérité – car parfois, Lucy entend des voix et voit des gens qui ne sont pas vraiment là. C'est là qu'entre en scène Milly, une Américaine espiègle du même âge, qui porte une robe rose et un nœud dans les cheveux, et qui est l’amie imaginaire idéale pour notre héroïne solitaire. En s’alliant à Milly, Lucy ose enfin défier ses parents, sortir, et même se fourrer dans quelques petits ennuis.

Le mystère Lucy Lost est l'adaptation du roman éponyme de 2014 du prolifique auteur britannique Michael Morpurgo (Cheval de guerre, Le Royaume de Kensuké), mais si le livre met en scène des adolescents, dans le film d’animation, les personnages sont encore des enfants au seuil de l’adolescence, un âge où le monde conserve une part de magie, même sur fond de guerre déchaînée. À cet égard, Le mystère Lucy Lost capte avec acuité les sentiments politiques des Français et des Britanniques à l’égard des Allemands, non seulement à travers les dialogues (des adultes comme des enfants) mais à travers d'autres indices : la quiétude des îles Scilly est souvent troublée par le vrombissement des avions militaires et par les nouvelles de navires de guerre qui ont été coulés.

Grâce au style d’animation enchanteur et au dessin des personnages de Camille Bozec, on n’a jamais le sentiment que le fossé entre l'âpre monde des adultes et celui des enfants, plus pur, est infranchissable. Au contraire, le réalisateur et storyboardeur Clert aborde l’esthétique du film ainsi que les sujets qu'il traite avec une sensibilité qui touche quel que soit l'âge qu'on a.

Le mystère Lucy Lost a été produit par la société française Xilam Films. Les ventes internationales du film sont assurées par Goodfellas.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy