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CANNES 2026 Compétition

Critique : L'Aventure Rêvée

par 

- CANNES 2026 : La cinéaste allemande Valeska Grisebach signe un film noir réaliste situé dans la zone frontalière entre la Bulgarie et la Turquie, porté par un solide casting de non-professionnels

Critique : L'Aventure Rêvée
Denislava Yordanova (à gauche) et Yana Radeva dans The Dreamed Adventure

The Dreamed Adventure nous emmène dans le lieu généralement considéré comme la limite orientale de l’Europe : une zone située tout au bout du sud de la Bulgarie qui jouxte la Turquie et la Grèce, mais que peu de gens connaissent, y compris parmi les spécialistes de cette partie du monde. Cette méconnaissance est au cœur de la perspective de la réalisatrice allemande du film, Valeska Grisebach, qui montre de nouveau, comme avec son précédent long-métrage, le film encensé Western, qu'elle voit le cinéma comme une occasion d’explorer et de mettre à l’écran ce qui restait jusqu’ici inaccessible : certaines interactions complexes entre les êtres et les capitaux dans des lieux reculés, mais qui n’en possèdent pas moins un riche héritage, ce qui en fait aussi, hélas, des territoires très susceptibles de se faire exploiter. Le film, plus fascinant par sa toile de fond que par l’intrigue emberlificotée qui le porte, intrigue qui s’articule autour d’une femme d'âge mûr nommée Veska (incarnée par Yana Radeva, actrice non professionnelle, comme le reste de la troupe) qui est venue là pour des fouilles archéologiques sur un site médiéval, mais découvre des secrets autrement plus dangereux et actuels, a été l’avant-dernier des candidats à la Palme d'or du Festival de Cannes de cette année a être projeté sur la Croisette.

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Western racontait une étrange rencontre rapprochée entre des ouvriers du bâtiment allemands dépêchés dans une région similaire de la Bulgarie et les locaux, et les tensions subséquentes. Les clins d’œil au genre américain cité dans le titre étaient subtils et tenaient autant aux thèmes abordés qu'aux  paysages filmés, très photogéniques. D'aucuns diront peut-être que Grisebach a fait une petite erreur de calcul en présentant The Dreamed Adventure, de manière assez générique, comme un néo-noir diurne doublé d'un récit sur la pègre, mais ces choix offrent à son exposition touffue un emballage familier (qui semblerait peut-être encore plus naturel pour un cinéaste bulgare). On ressort en effet des 167 minutes que dure le film avec une idée très nette du cadre de l'action, Svilengrad, et de la situation de ses habitants, des gens résilients au grand cœur qui sont à la fois impliqués dans et contraints de résister à l’économie criminelle du trafic frontalier et de la prostitution.

L'action du film commence quand Veska croise par hasard Said (Syuleyman Letifov), un vieil ami et ancien amoureux, et qu’ils imaginent ensemble des façons de s’entraider dans leurs entreprises du moment : ses fouilles près d'une forteresse médiévale voisine dans le cas de la première et dans le cas du second, des opérations bien plus obscures et vraisemblablement louches impliquant l’achat de diesel volé, peut-être destiné à une usine qu’il supervise. Said semble avoir un passé et des relations chargées d'animosité avec une bonne partie des mafieux du coin, notamment avec un jeune ambitieux surnommé "Le Corbeau" et avec Illiya (Stoicho Kostadinov),  plus établi, dont l'existence réunissant confort domestique et crapulerie évoque un Tony Soprano bulgare. Quand Said disparaît sans explication, par loyauté, Veska se lance dans sa propre mission rétrospective, dans cette région où elle a grandi et où elle s’est forgée sa boussole morale, dans l’espoir d’éclairer le sort de Said, possiblement de le retrouver sain et sauf, et d'identifier dans le même temps ce qu’Illiya manigance exactement.

Au fil du récit, Grisebach désigne une cible principale qui prend peu à peu de l’ampleur : un mal particulier niché dans le cœur des hommes qui, dans ce coin, dominaient les affaires au moment du passage à l’économie capitaliste et qui, lorsque cela a échoué, se sont tournés vers le crime organisé et sont mis à nourrir des desseins sinistres vis-à-vis des femmes de la région. Veska incarne une résistance à cela, ce qui permet au film d’évoluer, dans son dernier acte, vers une étude de personnage centrée sur elle. C'est une guide charismatique, qui s’aventure sur ce terrain complexe pour dévoiler la manière dont il fonctionne vraiment, même si les efforts de la réalisatrice pour communiquer cela à travers des archétypes puisés dans le cinéma de genre convainquent moins.  

The Dreamed Adventure est une coproduction entre l'Allemagne, la France, la Bulgarie et l'Autriche qu'a pilotée Komplizen Film., en coproduction avec Kazak Productions, Miramar Film, Panama Film et New Matter Films. Les ventes internationales du film sont assurées par The Match Factory.

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(Traduit de l'anglais)


Galerie de photo 22/05/2026 : Cannes 2026 - The Dreamed Adventure

19 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Valeska Grisebach, Jana Radewa, Syuleyman Alilov Letifov, Welko Frandew
© 2026 Fabrizio de Gennaro for Cineuropa - fadege.it, @fadege.it

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