Critique : Ulysse
par Olivia Popp
- CANNES 2026 : Le film de Laetitia Masson se focalise sur le point de vue d’une mère sur le développement de son enfant handicapé, de la naissance aux débuts de l’âge adulte

Pas de répit pour Alice (Élodie Bouchez), convaincue que son fils peut être autonome dans la vie. Dans le film de clôture de la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Ulysse de Laetitia Masson, le garçon du titre (qu'on voit grandir et devenir jeune homme, âge auquel il est incarné par Alphonse Roberts) est atteint d'un syndrome génétique qui entraîne un ralentissement du développement intellectuel et physique, ainsi qu’une intense surcharge sensorielle. Cela n’empêche pourtant pas sa mère de le pousser vers toutes les opportunités possibles de se rapprocher au maximum de ce qu'elle conçoit comme "normal" (principalement avoir un emploi et gagner son propre argent), et les guillemets sont importants ici. Le récit adoptant le point de vue d’une mère bien intentionnée, certaines de ses décisions peuvent, à juste titre, sembler discutables, de même que sa conviction qu’elle seule sait ce qui est le mieux pour son fils.
Comme Masson présente l'histoire à travers les lunettes roses d’Alice, au départ, on ne voit presque aucun conflit dans l’éducation d’Ulysse (on ne le voit jamais faire de colères à la maison, ni avoir de difficultés à l’école), ce qui paraît bizarre, mais dès qu’on se met à la regarder elle, tout prend son sens. Sa naïveté aimante est inscrite au cœur même du projet du film, même si on peut aussi choisir d’y voir une adhésion à cette perspective. En combinant ceci au montage ultra-nerveux d'Alexandre Auque, qui condense les scènes pour les amener à leur quintessence, Masson compose une sorte de réalité rétrospective : celle qu'élaborerait une mère pour préserver l’image immaculée qu'elle a de son enfant chéri.
À l’inverse, on perd facilement de vue le père pianiste d’Ulysse, Luc (Stanislas Merhar), qui prend la décision assez déroutante de partir aux États-Unis, pour tourner là-bas avec d'autres musiciens, alors que son fils est encore jeune. Ce choix commode révèle quelqu’un qui est pressé de fuir ses responsabilités parentales – après avoir exprimé ouvertement de la frustration et même de la jalousie à l’égard de son enfant handicapé. Alice, contre toute attente, ne le vit pas trop mal : sa dévotion exclusive à Ulysse occupe le devant de la scène, comme elle le reconnaît elle-même. C'est alors l’orthophoniste du garçon (interprété par le rappeur et comédien français Gringe) qui va, d’une certaine manière, prendre la place de Luc et se rapprocher peu à peu d’Alice.
On peut être sceptique devant la vision du monde que présente Ulysse, mais il est peut-être encore plus difficile d’admettre qu’elle s’enracine dans une réalité vécue par de nombreux parents. Le choix d’Alice de voir constamment le bon côté des choses tout en se protégeant du reste peut de fait être vu comme une manière de rester saine d’esprit dans une société qui n’est pas faite pour son fils : bureaucratie, discrimination liée au handicap, manque d’aménagements médicaux et d’accessibilité, entre autres. Apprécier Ulysse suppose qu'on adhère à cette philosophie de vie, en en reconnaissant les limites, mais en lui accordant malgré tout de l’empathie.
Ulysse est une production française d’ARP. Les ventes internationales du film sont gérées par Goodfellas.
(Traduit de l'anglais)
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