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FILMS / CRITIQUES France / Belgique

Critique : Mata

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- Avec son troisième long métrage, Rachel Lang déplace son cinéma d’auteur du côté du thriller d’espionnage, arpentant les coulisses et les zones d’ombre du renseignement

Critique : Mata
Eye Haïdara dans Mata

Rachel Lang s’est faite remarquer en 2016 avec son premier long métrage, Baden Baden, comédie atypique dévoilée à la Berlinale, puis avec Mon légionnaire, puissant drame de l’attente auprès des épouses de soldats découvert en 2021 à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes. La cinéaste française revient avec un nouveau film à première vue surprenant, Mata, qui sort ce 27 mai en France (avec Warner Bros) et en Belgique (avec Imagine), qui entraine son cinéma du côté du thriller, dans un genre en général très codifié : le film d’espionnage. Mais Rachel Lang, réserviste de l’armée de terre, connaît bien les arcanes des corps militaires, déjà présents dans ses courts et longs métrages.

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Elle se penche cette fois-ci sur la sécurité extérieure, suivant la trace de Mata (Eye Haïdara), agente de la DGSE qui revient blessée d’une opération clandestine au Niger où Antoine (Raphaël Personnaz), son binôme, a disparu. De retour en France, alors qu’elle cherche à comprendre ce qui s’est passé, et surtout pourquoi, on l’écarte du terrain pour la canaliser dans les bureaux de la sécurité intérieure. Alors en secret, prétextant une mission d’espionnage, elle tente de faire le jour sur ce qui est arrivé à Antoine, épaulée par une recrue en formation (Joséphine Japy). Entre les sous-sols ténébreux de la DGSE, où Mata multiplie les auditions et les rendez-vous chez le psy, et les salles vitrées à la transparence trouble de la DGSI où elle tente de creuser sous la surface, Mata cherche un sens. Sauf qu’en matière d’espionnage, moins les agents en savent, mieux se porte l’Etat. Face à l’opacité d’une institution redoutablement cloisonnée, sa quête de vérité l’entraine sur des chemins tortueux, jusqu’à risquer de perdre sa lucidité.

Mata est tout à la fois un thriller et un anti-thriller qui explore les coulisses du métier, notamment les nombreux moments d’attente et de creux, reléguant l’action à la périphérie, hors quelques scènes chargées de la tension irrésolue d’un personnage à l’impossible quête. Le film ne lorgne pas tant du côté des modèles du genre - si ce n’est une scène particulièrement tendue de course-poursuite à pied dans la nuit du festival de Bâle -, que du côté du thriller psychologique, au plus près des questionnements de son héroïne face au mutisme de sa hiérarchie, qui lui refuse tout accès à la vérité, mais aussi vis-à-vis de son engagement personnel pour cette institution où trahison, mensonges et faux-semblants sont inhérents à sa survie. Film d’espionnage âpre et ramassé, Mata dissèque le fonctionnement du système tout en dressant un portrait psychologique sensible de son espionne, incarnée avec poigne par Eye Haïdara.

Mata est produit par Nolita Cinema et Chevaldeuxtrois (France), en coproduction avec Marvelous Production (France), France 3 Cinéma (France) et Wrong Men (Belgique). Les ventes internationales sont assurées par Indie Sales.

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