Critique : Stand Up
par Fabien Lemercier
- Mari Sanders signe un premier long métrage émouvant, énergique et d’une limpidité cristalline sur une jeune femme précipitée dans le monde du handicap

"Je ne savais pas quoi faire de ma vie. Je voulais juste vivre, me sentir bien. Mais c’était ma vie d’avant. Il y a eu une vie avant et une vie après." Le sujet du handicap a été maintes fois abordé au grand écran (de L’idole de Frank Borzage en 1929 à Né le 4 juillet, Patients, De rouille et d’os, Intouchables ou encore My Left Foot, pour ne citer que quelques exemples), mais avec Stand Up, son premier long métrage, dévoilé dans la compétition International Narrative du Festival de Tribeca, le Néerlandais Mari Sanders en délivre une version d’autant plus intense et personnelle qu’il est lui-même né avec un handicap et que tous les comédiens handicapés de son film le sont réellement dans la vie.
Un gage d’honnêteté et de réalisme qui ne suffirait pas néanmoins à faire naître automatiquement un bon film, si le cinéaste et scénariste ne disposait pas d’un sens solide de l’essentiel et du rythme lui permettant d’ajuster une sensibilité quasi documentaire à un impact fictionnel d’une grande efficacité. Dosant les émotions afin que le caractère touchant du récit ne verse jamais dans l’excès de pathos ("ne fais pas ta drama queen"), le réalisateur délivre une très juste représentation de l’identité du handicap et du cheminement complexe pour la trouver à travers des prises de conscience, des choix, l’acception de soi et la volonté de se changer soi-même sans vouloir changer le monde.
"À quoi ça sert tout ça ? Je ne peux rien faire, ni marcher, ni conduire, ni même jouir". Vera (Lucia Zemene) est une jeune femme de 23 ans qui croque l’existence avec beaucoup d’appétit avec son groupe de copines quand un accident violent à la sortie d’une boite de nuit bouleverse son existence : elle se réveille à l’hôpital, amputée d’une jambe, juste-au-dessus du genou. Pour elle, c’est tout un parcours physique (douleurs fantômes, rééducation, fauteuil roulant, impossibilité d’une prothèse sans lourde et incertaine chirurgie, etc.) et surtout psychologique (doutes existentiels, tentation de mettre fin à ses jours, confrontation à son ancienne vie et à son cercle d’amis) de résilience qui débute. Il faut changer, recommencer à faire confiance à son corps (avec l’aide d’un kiné incarné par Kendrick Etmon), et c’est très loin d’être facile ("je veux juste ressentir quelque chose"). Et Vera fait la connaissance de Xander (Daan Buringa), un jeune de son âge, provocateur et leader charismatique d’un petit groupe solidaire de handicapés qui n’attend plus rien du monde normé. À la frontière de deux univers, elle doit trouver sa propre voie…
Très direct, incisif, Stand Up radiographie avec beaucoup de justesse la vie des jeunes en situation de handicap. Calé dans le sillage énergique de sa protagoniste, le film (très bien interprété) avance à vitesse soutenue, créant une touchante empathie intime et un miroir à reflets multiples (les parents, les amies, les autres handicapés, le kiné, l’alter ego Xander) sur une destinée qu’on pourrait penser cruelle, et qui l’est d’une certaine manière, mais totalement assumée et dépeinte avec une fierté admirable et dans une enveloppe cinématographique simple, pure et très réussie.
Stand Up a été produit par The Film Kitchen (Pays-Bas) et coproduit par Neda Film (Grèce), BNNVARA (Pays-Bas) et ERT (Grèce). Loco Films pilote les ventes internationales.
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