Critique : Skateboarding Is Not for Girls
par Veronica Orciari
- Dans son deuxième long, Dina Duma s’intéresse à deux sœurs de Skopje qui défient les attentes par rapport à leur sexe, et les restrictions sociales et le mariage forcé qui vont avec

Skateboarding Is Not for Girls de Dina Duma, qui a fait sa première mondiale au Festival de Tribeca dans le cadre de la compétition internationale longs-métrages de fiction, se déroule à Skopje et suit la vie d’Adela, 11 ans (Efkjar Abaz), et de sa sœur aînée Zara (Džefrina Jašari). Quand Zara se retrouve forcée de faire un mariage de convenance pour sauver financièrement sa famille, en difficulté depuis que le père les a abandonnés, Adela fait tout son possible pour trouver un moyen d’empêcher sa sœur d’emprunter ce chemin qu’on lui impose.
La troupe chorale, majoritairement composée d'actrices non professionnelles, fonctionne à merveille, et donne l’impression que ce à quoi on assiste est réel. Le sentiment d’injustice qui s'empare du spectateur exalte l’élan d’émancipation qui se dégage du film à travers sa bande originale et les interprétations. Le film promet de résonner auprès des communautés qu’il dépeint, mais il a aussi le mérite de mettre en lumière un sujet rarement abordé et de sensibiliser le public aux injustices que certaines femmes subissent, encore aujourd’hui. Le cinéma macédonien reste sous-représenté ; le sujet auquel s’attaque ce long-métrage n’en paraît que plus poignant.
En prenant le skateboard comme exemple central, ce deuxième long-métrage de Duma explore les activités et les espaces souvent jugés peu convenables pour les filles – pas forcément interdits, mais on les décourage de les fréquenter, car ils sont considérés comme socialement inacceptables pour elles. Quant au mariage forcé, c'est hélas encore une réalité partout dans le monde, et beaucoup de gens oublient que cela peut aussi se produire en Europe.
L’acte de faire du skateboard symbolise le droit pour une fille de faire ses propres choix, y compris dans des domaines qu'on n'associe traditionnellement pas aux femmes. Si l'opprobre que suscite la pratique du skateboard est un problème bien moins grave que le mariage forcé, les deux procèdent du même réflexe de limitation de l’autonomie féminine. Ça ne devrait pas être une activité exceptionnelle à notre époque, sauf qu'on la traite comme telle dès qu’une femme s’y consacre, ce qui montre bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans le système.
Les aspects techniques de Skateboarding Is Not for Girls sont solides, sans être particulièrement remarquables. Le film ne cherche pas à impressionner par des fioritures techniques, et de fait, trop miser sur le style aurait sans doute détourné l'attention des émotions et sujets au cœur de ce travail. Au bout du compte, on a parfois l’impression de regarder un documentaire – peut-être un peu exigeant pour un public en quête d’une histoire narrée à un rythme soutenu, car Skateboarding... prend le temps de construire ses personnages, et de développer ce qui motive leurs actes ainsi que la trame de l'intrigue. Ce n’est pas un défaut, mais un choix de mise en scène délibéré qui fait passer la profondeur émotionnelle devant l'empressement narratif.
Duma montre qu'elle a déjà une patte, et qu'elle sait ce qu'elle fait. On sent aussi, en voyant ce film, qu’elle a encore une belle marge pour se développer et expérimenter en tant que réalisatrice, mais c'est clairement un talent à suivre. Et surtout, son travail s'inscrit dans un mouvement plus général qui tend vers une plus large représentation des femmes derrière la caméra, tout en posant un regard nuancé et opportun sur des questions importantes qui restent totalement d'actualité.
Skateboarding Is Not for Girls a réuni les efforts de la Macédoine du Nord, la Belgique, la Slovénie et la Croatie, à travers les sociétés Entre Chien et Loup, Vertigo, Terminal 3 et Sisters and Brother Mitevski. Les ventes internationales du film sont assurées par Kinology.
(Traduit de l'anglais)
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