Critique : The Boy with the Light-Blue Eyes
par David Katz
- Thanasis Neofotistos propose un premier long qui mélange récit d'apprentissage et réalisme magique, sur un adolescent des montagnes du nord de la Grèce qu'on accuse d'être porteur d'une malédiction

Le Grec Thanasis Neofotistos , qui a déjà présenté des courts à Venise et Locarno, a dévoilé son premier long-métrage, The Boy with the Light-Blue Eyes, à SXSW London, un lancement plus discret que ce à quoi on aurait pu s'attendre pour un projet qui a mis longtemps à voir le jour. Le film, maladroit et peu convaincant, mais émaillé de moments d'une grande vivacité visuelle, oscille entre réussite artistique et échec à chaque nouvelle scène. Malgré tout, son entrain et son originalité retiennent l’attention, surtout au regard du conservatisme qu'on observe souvent dans les premiers films d’auteur de ce type.
Le film, qui s'inspire de la jeunesse difficile du réalisateur en Épire, une région montagneuse de la Grèce proche de la frontière avec l’Albanie, allégorise sa découverte de son identité sexuelle (et la méfiance qu'elle suscite chez les autres) à travers le parcours du personnage principal, Petros (Giorgos Karydis), que sa mère Lemonia (Syrmo Keke) et sa grand-mère Margarita (Sofia Filippidou) obligent à porter des lunettes de protection disgracieuses pour contrer l'hypersensibilité de ses yeux à la lumière – diagnostiquée par elles. Margarita faisant office de matriarche dans leur petit village, la communauté reste sous l’emprise de superstitions archaïques comme le “mauvais œil”, et il apparaît d’emblée que les yeux bleus de Petros sont perçus comme une menace inquiétante. Petros noue aussi une grande amitié avec Aemon (Pablo Soto), un garçon du coin de son âge, et la prise de conscience progressive de son identité queer est thématiquement rattachée par Neofotistos et son coscénariste Grigoris Skarakis à la manière dont la communauté des villageois le singularise du fait de ses croyances saugrenues.
Neofotistos renonce ici à toute subtilité et suit de très près les tribulations de Petros, notamment quand il se lance, sans qu'on sache trop pourquoi, dans une expédition en barque à travers un marais, en direction d’une éolienne contre laquelle Margarita a aussi monté les villageois, voyant dans cette source d’énergie moderne une raison pour eux de décider de quitter la région. Les extérieurs, y compris la lumière naturelle, baignent dans le bleu pour rendre la perception déformée de Petros à travers ses lunettes, mais aussi la douleur psychique de presque tous ceux qu’il croise (à l’exception d’Aemon) et qui le considèrent comme une menace. À l’approche du dernier acte, des références directes aux mythes grecs de Méduse et d’Œdipe montrent que Neofotistos tente de s’inscrire dans la lignée de la culture nationale, conférant au récit quelque chose de cathartique ainsi que de fataliste.
The Boy with the Light-Blue Eyes, qui s'ouvre et se ferme sur des plans dans le format large 1,85:1, alors que le gros du film est au format académique, a quelques traits communs avec Mommy de Xavier Dolan, qui faisait un pari visuel similaire pour accompagner un récit d'apprentissage queer indocile, mais les touches fiévreuses de réalisme magique que le film présente et le village reculé où il se passe trahissent aussi l’influence du cinéma d’Alice Rohrwacher – la sophistication dans l'écriture en moins, et sans analyse des rapports de classe. Ceci étant, les choix visuels et la manière dont Neofotistos maîtrise le ton adopté révèlent un talent rare qui donne du mordant aux images fantastiques qu'il propose sans jamais tomber dans le kitsch.
The Boy with the Light-Blue Eyes est une coproduction entre la Croatie, Chypre, la Grèce, la Macédoine du Nord, la Roumanie, la Serbie et les États-Unis qu'a pilotée Argonauts Productions en coproduction avec Atalante, Y.E. Films, Sektor Film, Studio Corvus, Sense Production, Luna Film et ERT SA. Les ventes du film aux États-Unis sont gérées par Gersh.
(Traduit de l'anglais)
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