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TRIBECA 2026

Critique : I Spy with My Little Eye

par 

- Alisa Kolosova propose un film très intime sur deux amies confrontées au suicide d’une troisième, et sur l'acceptation et les liens humains comme outils de guérison

Critique : I Spy with My Little Eye
Svenja Jung, Saskia Rosendahl et Soma Pysall dans I Spy with My Little Eye

I Spy with My Little Eye d'Alisa Kolosova, projeté en première mondiale parmi les longs-métrages de fiction en compétition au Festival de Tribeca, raconte l’histoire de Yalda (Soma Pysall), Solveigh (Saskia Rosendahl) et Lou (Svenja Jung), trois amies proches depuis l’enfance. Après le suicide soudain de Solveigh, les deux autres s’interrogent sur ce qui a dérapé et se demandent à qui il incombe de s’occuper de sa fille de cinq ans. En vidant l'appartement de leur amie, elles se remémorent des moments partagés, et redécouvrent peu à peu le lien qui les a unies toutes ces années.

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Le film, écrit par Judith Rose Gyabaah à partir de plusieurs lettres qu'avait conservées sa mère, est une œuvre extrêmement intime qui s'exprime surtout à travers des scènes simples et de puissants gros plans sur les personnages – gros plans à ne pas nécessairement entendre au sens strictement technique, mais qui peuvent aussi être psychologiques. La caméra s’attarde sur les visages et les émotions, pour tirer le public vers le monde intérieur des personnages.

Le montage d’Evelyn Rack et Billie Mind est extrêmement intéressant, car il fait coexister différentes temporalités, mêlant l’enfance des filles à la période qui suit le suicide. Le dispositif est assez courant dans les films qui traitent de ce genre de thème, mais ce qui est astucieux ici, c'est que les scènes du passé ne sont pas simplement greffées pêle-mêle au récit présent : au contraire, elles interviennent à des moments spécifiques du film où elles prennent tout leur sens, indiquant un récit dans le récit qui rend l’ensemble plus facile à suivre.

En revanche, par moments, on a le sentiment que le film aurait gagné à être plus clair sur le rythme qu’il voulait adopter. Il arrive que la tension monte, puis retombe aussitôt dans la séquence suivante. Dans l'ensemble, cette approche est plutôt intéressante, mais dans quelques scènes, la manière dont le spectateur est invité à ressentir cette histoire manque de cohérence, au point que certains pourraient se désintéresser des émotions et des motivations des personnages. Le ton du film demeure toutefois assez original : la façon dont il déplace le regard le distingue d'une histoire lambda sur le suicide. 

En effet, I Spy with My Little Eye refuse de porter un jugement tranché sur la personne qui choisit d’en finir, mais revient plutôt sur le souvenir des moments d’amour et de proximité partagés, rendant ce faisant très bien compte de la situation des personnes que le ou la suicidé(e) laisse derrière lui ou elle, qui passent désespérément le passé au peigne fin en cherchant des signes, des indices ou même toute forme d'explication – sauf que ce faisant, ces proches dévastés déforment inévitablement tous ces souvenirs, soudain éclipsés par leur besoin de trouver un motif à ce qu'il s’est passé. Les douloureuses questions qui font surface après la perte d’un proche par suicide (comme "Pourquoi a-t-il/elle fait ça ?", "Ne m’aimait-il/elle pas assez pour rester ?" et "Aurais-je pu faire quelque chose pour empêcher ça ?") peuvent finir par prendre le pas sur le travail de deuil. Ces interrogations obsédantes sont familières à beaucoup et trouveront des échos même dans des circonstances moins extrêmes, par rapport au deuil en général.

En définitive, le film suggère que chercher sans fin des raisons n’est peut-être pas la bonne voie. Plutôt que de rester prisonnier du passé, il propose un autre chemin à travers le deuil, fondé sur l’acceptation et sur la possibilité d’un avenir meilleur, notamment à travers la relation des deux femmes avec la fille de Solveigh. Le message sous-jacent est ainsi que la guérison ne naît pas d’un ressassement incessant d'une situation à laquelle on ne peut rien changer, mais de la force qu'on parvient à trouver pour aller de l’avant.

I Spy with My Little Eye a été produit par les sociétés allemandes Maverick Film, BR Bayerischer Rundfunk et WDR Westdeutscher Rundfunk. Les ventes internationales du film ont été confiées à Epsilon Film.

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(Traduit de l'anglais)

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