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TRIBECA 2026

Critique : The Siege of Paradise

par 

- Dans son deuxième long-métrage documentaire, Gar O’Rourke se penche sur l'écosystème surstimulé que forment les touristes et les locaux assiégés dans les Cinque Terre, au nord-est de l'Italie

Critique : The Siege of Paradise

Sur les quatre millions de touristes qui visitent annuellement les cinq petits villages qui forment ce qu'on appelle les Cinque Terre, la plupart préfèrent se prendre en photo avec, en arrière-plan, les emblématiques maisons juchées sur les falaises. Les quelques 3000 habitants du lieu soutiennent quant à eux qu'il faut faire l’inverse : qu’il faut tourner le dos à la mer et faire face à cette terre, si on veut vraiment comprendre la région. La situation délicate dans laquelle se retrouve le réalisateur irlandais Gar O’Rourke (auteur de Sanatorium, choisi pour représenter l’Irlande aux Oscars cette année) dans son nouveau documentaire, The Siege of Paradise., est en quelque sorte toute entière contenue dans cette anecdote.

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Le film progresse à travers une série de saynètes entremêlées filmées dans cette région du nord-ouest de l’Italie : on voit un vigneron de Vernazza, Bartalo Lerici, et son épouse souffrante, Lise Bertram ; un restaurateur de Corniglia et sa fille (Carmelo et Giorgia Verduci) ; la maire de Riomaggiore, Fabrizia Pecunia ; les pérégrinations de deux influenceuses originaires de Chicago (Grace Andrews et Izabel Stewart). Pourtant, malgré son titre évocateur, The Siege of Paradise (litt. "le siège du Paradis") qui vient d’être présenté parmi les documentaires en compétition au Festival de Tribeca, se révèle étonnamment mesuré dans son réquisitoire contre le secteur du tourisme.

Malgré la musique légèrement menaçante qui accompagne la première apparition des navires chargés de touristes, qui font l'effet de transporter une légion de soldats prête à déferler sur la zone, O’Rourke brosse le tableau d'une coexistence a priori plutôt équilibrée, au sein de cet écosystème saturé. Grace et Izabel, quoique souvent hilarantes tant leur candeur est désarmante, apparaissent sincèrement bien intentionnées dans leurs tentatives de vraiment goûter à la "culture italienne" – représentée, par exemple, par des seaux en plastique d’Aperol Spritz. De leur côté, Bartalo et Carmelo admettent à contrecœur qu’ils ont besoin des touristes pour faire prospérer leurs affaires, et prennent parfois plaisir à partager leurs connaissances sur le lieu. La situation la plus tendue est peut-être celle de Fabrizia, frustrée de ne pas pouvoir légalement endiguer le flux des touristes, comme le réclament nombre d’habitants.

Le chef opérateur Lukas Gut (qui vient de décrocher une mention spéciale du jury pour son travail) met pleinement en avant les couleurs éclatantes de ce coin follement pictural de l'Italie, de la mer aux maisons construites par paliers, mariant la chaleureuse beauté des lieux à une légère sensation de malaise par sursaturation. Fort de ces choix équilibrés en termes de tonalité, au lieu de marteler un appel à la mobilisation, O’Rourke laisse les images parler d’elles-mêmes : on assiste à des transactions entre clients et vendeurs dans les boutiques, on voit les plages noires de monde... Le récit ne se fait jamais menaçant : il ne contient aucun message sous-jacent du type "Ne venez pas ici". Tout indique que le cinéaste suggère que les touristes ne sont peut-être pas le problème en soi, mais que c’est plutôt leur nombre, qui croît constamment.

Comme s'il voulait nous bercer jusqu'au bout d'un sentiment trompeur de sécurité, le film attend ses toutes dernières scènes et ses derniers instants pour élever soudain la voix et sonner l'alarme. Des plans nocturnes sur des gares et de places bondées, plus cauchemardesques qu’accueillantes, se succèdent, laissant le spectateur ruminer, pendant le générique, les images plus sombres qu'il vient de voir. Bien que le même problème touche aujourd'hui une multitude d’endroits dans le monde, The Siege of Paradise n’adopte pas une approche purement didactique : c’est au spectateur d’avoir suffisamment d'esprit critique pour lire entre les lignes.

The Siege of Paradise a été produit par Venom Film (Irlande) et Dynamic Frame Production (Suisse). Les ventes internationales du film ont été confiées à MetFilm Sales.

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(Traduit de l'anglais)

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