Critique : Against the Flow
par Veronica Orciari
- Dans son premier long-métrage, Ming Wu se penche sur la maternité et le conflit entre les désirs de chacun à travers l'histoire d'un couple où l'un et l'autre n'ont pas du tout les mêmes rêves

Against the Flow, présenté en première mondiale cette année dans la compétition internationale longs-métrages de fiction du Festival de Tribeca, est le premier long-métrage du scénariste-réalisateur Ming Wu. Dayao (Weihao Xu) et sa femme enceinte, Tiantian (Xingchen Lü), vivent à la campagne mais se tuent au travail en ville. Il est ouvrier dans le bâtiment et elle cuisine dans une cantine scolaire. Tiantian préfère la ville, mais Dayao aime la quiétude de la nature. Lorsque Dayao est grièvement blessé sur un chantier, Tiantian se voit contrainte de prendre des décisions quant à ce qui est le mieux pour eux et pour leur enfant à naître.
À travers son intrigue et sa structure, Against the Flow propose une réflexion sur les générations, la maternité et la lutte constante entre ce que nous voulons et ce que les autres (mais surtout la société) attendent de nous. Il y est aussi question de capacité à dire non, et de la quête pour reconquérir une parole propre lorsque les relations que nous entretenons mettent en péril nos convictions les plus profondes.
Ce film de 80 minutes, coécrit par le réalisateur avec Jérémie Dubois, est une ode à la rigueur et à la simplicité qui explore les liens familiaux dans un style laissant augurer une belle carrière festivalière pour son auteur, qu'on est presque certain de revoir dans les années à venir. Grâce à sa mise en scène intime et à la photographie onirique et tamisée de Rui Poças (qui évoque par moments les toiles du Caravage), le récit a quelque chose de familier, et même s’il se déroule loin d’ici, des spectateurs du monde entier pourront s'y retrouver.
Il y a quelque chose d’enchanteur dans la manière dont le personnage de Tiantian évolue au fil du film. Lorsqu’elle se lie d’amitié avec Xiaoying (Catherine Fang), une fille du coin qui démultiplie pour elle les possibilités qu'offre la vie urbaine, elle devient une autre femme, et se met à envisager la vie sous un angle très différent. Chaque spectateur a sans doute connu, dans sa vie, une personne qui a eu un impact similaire. De même, comme Tiantian et Dayao, tout le monde s'est probablement heurté, à un moment ou un autre, à un/une partenaire par rapport à leur choix de vie. Dayao aspire à une existence en pleine nature, à la simplicité et à la tranquillité, et c'est cette vie qu'il imagine pour toute sa famille, sauf que sa compagne rêve d’un autre avenir. Que se passe-t-il quand un tel écart de points de vue paraît irréconciliable ? Un couple peut-il survivre quand deux représentations distinctes du bonheur et de l’épanouissement tirent l'un et l'autre dans des directions opposées, d’autant plus avec un nouveau-né en route ?
Against the Flow, fort d’une troupe talentueuse et de sa prémisse simple mais efficace, a de fortes chances de trouver une place dans le cœur de celles et ceux qui le découvriront. Ce n’est toutefois pas un film nécessairement pensé pour une large exploitation commerciale : il est plutôt appelé à rencontrer son public sur le circuit des festivals, où son style intimiste et son récit contemplatif pourront être pleinement appréciés.
Against the Flow a été produit par la société française House on Fire et la luxembourgeoise Les Films Fauves, avec Terratreme Filmes (Portugal) et Fasad (Suède).
(Traduit de l'anglais)
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