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BERGAME 2026

Critique: Days of Wonder

par 

- La réalisatrice finlandaise Karin Pennanen transforme l’héritage d’un oncle solitaire en un dialogue cinématographique entre les vivants et les morts, sondant les profondeurs d’une liberté artistique vécue en marge

Critique: Days of Wonder

Markku était l'oncle préféré de Karin Pennanen quand elle était enfant. Il jouait avec elle, faisait des tours de magie, lui apprenait à aimer l'art. Et puis soudain, quand Karin avait onze ans, Markku a disparu derrière une porte qui n'allait plus se rouvrir pendant trente-quatre ans.

À la mort de son oncle, en 2021, Karin entre de nouveau dans cette maison qu'elle n'a pas revue depuis son enfance, et découvre un univers caché : des milliers de peintures, de collages et de compositions musicales, des cassettes vidéo, des journaux intimes audio, des notes sur la façon dont un film devrait être construit. Markku avait étudié à la Sibelius Academy et à l'Académie des beaux-arts, mais il avait abandonné les deux. Il vivait en distribuant des journaux la nuit et en créant de l'art pour lui seul. C'était un génie reclus qui a passé des décennies à bâtir un fonds d'archives monumental, destiné à disparaître avec lui.

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Dans Days of Wonder, son premier long-métrage, qui a remporté le prix du meilleur documentaire au dernier Festival Black Nights de Tallinn et récemment été sélectionné dans le volet Visti da vicino du Bergamo Film Meeting, Pennanen aborde cette histoire non pas en archéologue, mais en interlocutrice. Markku avait enregistré toutes ses conversations téléphoniques et laissé des réflexions sur le cinéma : sur ce qui rend un personnage réel, sur la manière dont on construit un récit... C'est comme s'il avait préparé le film que d'autres feraient sur lui. Sa nièce relève donc le défi, et instaure avec son oncle un dialogue posthume qui se déploie sur plusieurs niveaux : verbal quand elle répond directement à ses enregistrements, visuel quand elle utilise ses œuvres pour commenter ou compléter ce qu'il a laissé en suspens, conceptuel quand elle réfléchit au sens de la création artistique à travers sa propre pratique de cinéaste.

Le montage de Markus Leppälä procède par collage, technique de prédilection de Markku, qui découpait des images dans les journaux qu'il distribuait pour composer des mosaïques. Pennanen reprend cette méthode : des fragments de films en Super 8 ou sur VHS, des vidéos numériques et des images d'archives se superposent sans hiérarchie chronologique. Le résultat est un film stratifié qui ne cherche pas à expliquer Markku, mais à le faire réapparaître à travers ses propres traces.

Le défi éthique est évident, car il s'agit ici de rendre public ce qu'un homme a choisi de confiner à la sphère privée. Markku avait dessiné, dans sa maison-atelier, d'immenses fenêtres conçues pour faire sortir ses toiles de grand format, peut-être parce qu'il envisageait de les montrer, sauf qu'il ne l'a jamais fait. Sa nièce décide de le faire pour lui, consciente que ce choix peut être interprété comme un acte d'amour, mais aussi comme une trahison. Le film oscille entre ces deux lectures sans trancher.

Une scène est moins réussie : celle avec la médium, qui fait figure d'expédient didactique dans un film qui, partout ailleurs, évite les solutions faciles. Le travail sur le son de Ville Katajala, très intéressant, restitue la densité de l'univers intérieur de Markku à travers ses compositions et les enregistrements de sa voix. L'acteur Martti Suosalo lit le dernier e-mail que Markku n'a pas eu le temps d'envoyer, un texte bouleversant qui transforme la toile blanche (un motif récurrent du film) en frontière entre la vie et la mort, en lieu de transit où l'oncle et la nièce peuvent encore se rencontrer.

Days of Wonder pose aussi des questions sur le prix de la liberté artistique : Markku vivait en marge du monde, mais était-il libre ou prisonnier de sa propre solitude ? La réalisatrice ne juge pas. Elle se contente d'observer tendrement le parcours d'un homme qui a choisi de créer sans attendre de reconnaissance, à une époque qui mesure la valeur de l'art à sa visibilité. Le film est une résurrection, non pas physique mais spirituelle : il redonne une voix à quelqu'un qui a choisi le silence.

Days of Wonder a été produit par Avanton Productions (Finlande) en coproduction avec Good Company Pictures(Danemark) et Mechanix Film (Norvège).

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(Traduit de l'anglais)

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