Critique : Mambo Maternica
par Mariana Hristova
- Dans son premier long-métrage, Borbála Nagy dépeint les difficultés et dilemmes liés à la maternité à travers les histoires parallèles de trois femmes hongroises vivant à différents endroits en Europe

La maternité tardive est un sujet brûlant aujourd’hui, au point que la Hongroise Borbála Nagy semble avoir senti l'urgence de faire le bon choix pour attirer d'emblée l’attention sur sa carrière naissante. Pour concocter son premier long-métrage, Mambo Maternica, actuellement projeté dans la section Journée hongroise du Festival international du film de Transylvanie, elle a pris d’autres décisions a priori judicieuses et simples : dans la création des personnages et des détails qui les définissent, en termes de structure narrative et de rythme, au niveau de la production (le film a été stratégiquement conçu comme un projet paneuropéen). Hélas, tout cela s'avère en grande partie dénué de sens par rapport au contenu, car on a davantage l'impression d'assister à une série de cas pratiques couvrant un échantillon représentatif de femmes confrontées à la perspective d’une maternité tardive que de faire la connaissance d'une galerie de personnages aboutis, avec des caractéristiques naturelles et vraisemblables. Le récit en mosaïque, intrigant pendant la première demi-heure, devient par ailleurs vite fastidieux à mesure que se multiplient les situations prévisibles, comme jaillies de nulle part, et les dialogues clichés, le tout couronné par une fin ouverte étonnamment inadéquate.
Adél (Orsolya Török-Illyés), une maîtresse de conférences aux traits sérieux en CDD à Paris, se découvre enceinte d'un de ses plus jeunes étudiants et semble décidée à prendre la pilule abortive, mais sa gynécologue lui conseille de réfléchir un peu et d’attendre le lendemain pour décider. Nóra (Vera Sipos), qui a une vie confortable mais plate à Budapest, paraît déterminée à adopter un enfant, mais son mari, perpétuellement débordé, hésite et s’implique peu dans la démarche, étant déjà lui-même père d'une adolescente insupportable issue d’un précédent mariage. À la suite d’une rupture, l’actrice Becky (Rozi Székely), qui vit à Berlin et en a assez d'attendre le prince charmant, projette de recourir à une PMA, mais sa famille est loin de la soutenir. Ces trois femmes quadragénaires ne se croisent jamais vraiment. Elles sont simplement alignées dans le scénario comme des flacons sur l’étagère d’un apothicaire, avec un temps de récit scrupuleusement égal pour chacune d'entre elles, de manière à ce que personne ne puisse se plaindre.
Le film, dont l'intention est manifestement de bousculer les stéréotypes, s’appuie en réalité largement sur eux, notamment dans la manière dont il profile ses héroïnes à travers de petits détails prévisibles. La conséquence de cette approche est que leurs situations de vie pourtant tumultueuses n'ont que la faible charge dramatique d’un feuilleton télévisé soigneusement calibré pour garder le public en haleine, sans risquer non plus que les ménagères fassent brûler le dîner. On se trouve ainsi face à un film trop basique pour un sujet aussi complexe, qu'il ne semble pas en mesure d’aborder avec une réelle profondeur. Il n’est donc guère surprenant que la cinéaste, qui donne pourtant l’impression d'avoir vraiment envie de comprendre et d’expliquer les circonstances et les motivations des trois héroïnes, finisse par échouer à les amener vers un dénouement qui ait véritablement du sens.
Mambo Maternica a été produit par Lupa Pictures (Hongrie), Sister Productions (France), Voices Films (Allemagne) et l'Académie allemande du cinéma et de la télévision de Berlin-DFFB.
(Traduit de l'anglais)
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