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BICHKEK 2026

Critique : Where the Sun Shines Bright

par 

- Cette anthologie d’apprentissage, compacte réalisée par Lam Can-zhao trouve, dans ses chapitres consacrés à l’enfance, un fil rouge touchant sur la solitude et la confusion émotionnelle

Critique : Where the Sun Shines Bright

Where the Sun Shines Bright de Lam Can-zhao, un film structuré comme une série de souvenirs d’enfance fugaces qui a été présenté en compétition internationale au Festival international du film de Bichkek, aborde l’adolescence moins comme un parcours linéaire que comme une succession de blessures émotionnelles. En 68 minutes, le film circule avec légèreté entre ses différents jeunes héros, mais les sentiments qu’il évoque n’ont rien de léger, car il s'agit du manque face à une absence, de la solitude, des fractures familiales et du choc discret que suppose le fait de grandir avant d’avoir les mots pour expliquer ce qui arrive.

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Le dispositif dans lequel le récit s'inscrit est assez fluide. On se concentre principalement sur un garçon de 18 ans, donc au seuil de l’âge adulte, dont les souvenirs et les observations se reflètent dans les vies de quatre enfants du même village. La structure est épisodique, le film se divisant en chapitres qui suivent ces différents jeunes personnages tandis qu’ils traversent des moments de pression émotionnelle apparemment mineurs, mais en fait décisifs. C’est à la fois le plus grand atout du film et sa limite la plus visible : d'un côté, ce format offre à Where the Sun Shines Bright une salutaire variété de tons et de situations, ce qui permet de maintenir un tempo assez alerte et empêche sa mélancolie récurrente de tourner à la monotonie, mais de l’autre, la brièveté de chaque segment fait que peu de personnages ont l’occasion d'être vraiment développés, au-delà de l’état émotionnel ou de la situation qui les définit.

Le sens du rythme de Lam n'en reste pas moins très appréciable. Le film présente peu de longueurs, et ses épisodes courts et contenus sont traités avec un sens de l'économie qui convient bien à la matière traitée. Le cinéaste privilégie l’accumulation et non l’escalade dramatique : un regard, un silence, une marche à travers le village, un enfant laissé seul face à quelque chose de difficile à encaisser. Dans ses meilleurs moments, le film trouve un fil rouge commun émouvant entre les différents fragments du film, suggérant que l’enfance n’est pas toujours un espace protégé, mais souvent un âge où la douleur est absorbée avant de pouvoir être pleinement comprise.

Le résultat est hélas inégal : certains chapitres sont plus précis et psychologiquement plus convaincants que d’autres, et par ailleurs, le film paraît par moments un peu trop doux, trop soigneusement lissé, comme s’il craignait de laisser ses personnages dans un état trop inconfortable. Un peu plus de rugosité l’aurait sans doute rendu plus percutant. Ce qui lui manque, ce n’est pas vraiment du savoir-faire à proprement parler, mais un sentiment plus authentique de friction.

La prestation des comédiens compte parmi les éléments les plus convaincants du film. Les jeunes acteurs, pour la plupart non professionnels, jouent avec beaucoup de naturel, sans affectation, et Lam a la sagesse d’éviter de les pousser vers le mélodrame. Visuellement aussi, Where the Sun Shines Bright est globalement très soigné et varié. La photographie, signée Gou Haokun et Pan Wenhua, donne à chaque chapitre une texture légèrement différente, tout en préservant une cohérence de lieu et d’humeur. L’ensemble est bien léché, parfois peut-être un peu trop, mais jamais anonyme.

En somme, le film de Lam est une œuvre intrigante et digne d’intérêt, une anthologie tendre et compacte sur l’enfance laissée-pour-compte, la solitude et les hésitations liées au passage à l’âge adulte. Son originalité et sa clarté émotionnelle en font une proposition qui mérite d’être vue, même si du fait des inégalités entre ses différents chapitres et de sa profondeur limitée, il n'arrive pas tout à fait à devenir le tableau résonant qu’il ambitionnait clairement d’être.

Where the Sun Shines Bright a été produit par Shanxian Media (Chine), la société suisse Movie Sushi, Treasure Beth Pictures (Canada), Bai’s Pictures (Chine) et Emuse Pictures (Malaisie).

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(Traduit de l'anglais)

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