Critique : Back and Forth
par Ştefan Dobroiu
- Dans son premier long-métrage comme réalisateur, l'acteur Cristian Bota propose une exploration intéressante des modèles de comportement toxiques hérités des générations précédentes

Le Roumain Cristian Bota, surtout connu comme acteur, opère un virage dans sa carrière et livre son premier film comme réalisateur, Back and Forth, un road movie doublé d'un drame familial qui vient de remporter le prix du meilleur premier film roumain à la 25e édition du Festival international du film de Transylvanie (lire l'article). Ce long-métrage, porté par les excellentes interprétations de Bota dans le rôle principal ainsi que d’Adrian Titieni, invite le spectateur à réfléchir aux comportements toxiques que nous héritons de nos parents sans même nous en rendre compte, et peut-être même à réévaluer ses propres relations humaines.
Bota, également auteur du scénario du film, incarne ici Cornel, un jeune acteur, père de deux enfants, qui est frustré que sa carrière ne suffise pas à couvrir les besoins financiers de sa jeune famille – alors que sa femme (Dana Rogoz), au foyer, débordée et insatisfaite, souhaite tout simplement davantage de leur relation et de son existence. En guise de solution pour le moins discutable à ses problèmes, Cornel décide (non sans arrière-pensées) d'accompagner son père Octavian (Titieni) en Autriche pour fêter Pâques avec son frère (Conrad Mericoffer). Dès le départ, on comprend que les relations entre père et fils sont tendues. Le voyage entrepris ensemble va encore davantage les mettre à l’épreuve.
Bota sachant très précisément ce qu’il cherche à accomplir avec ce premier long-métrage, Back and Forth s'avère assez net et direct tant dans sa mise en scène qu'en termes d'intrigue. L’intention du réalisateur est claire dès l’ouverture, où il cite Léon Tolstoï ("Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse, au contraire, l'est à sa façon"), et en effet, la famille qu'il nous donne à connaître n’est pas du tout heureuse : très vite, on découvre le profond ressentiment que le fils nourrit à l’égard de son père…
Le scénario est un brin linéaire, parfois même un peu schématique, chaque réplique et chaque événement ayant été conçu pour révéler des bribes du passé des personnages, mais Bota et Titieni sont tous les deux captivants dans les longues conversations échangées en voiture, qui peuvent basculer d'un coup de la plaisanterie sarcastique aux insultes et à la rage pure et dure. Bota injecte de l’humour dans le récit, Cornel étant très porté à blaguer (comme quand il dit à son père homophobe qu’il est bisexuel), mais le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié pour ces personnages qui se sont fait du mal, encore et encore, et restent piégés dans le même schéma d’abus, de méfiance et de ressentiment.
Face à l’animosité qui ne cesse de monter à l’écran, le spectateur est amené à réévaluer ses propres relations, et ce qu'il a peut-être hérité inconsciemment de ses parents. Si la citation de Tolstoï évite judicieusement d’annoncer la trajectoire du film, deux autres citations finales (plutôt superflues) de James Baldwin et Gabor Maté définissent plus précisément le calvaire des protagonistes, montrant combien il est difficile d’échapper aux mauvais exemples et aux schémas comportementaux toxiques. Une phrase tirée du décevant documentaire An Almost Perfect Family, de Tudor Platon, vient à l'esprit : "Même le plus stupide des hommes peut donner de bonnes leçons rien qu’en servant de mauvais exemple". Que faire, en revanche, si l'autre refuse d’apprendre cette leçon ?
On dit parfois "Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es", et ce n’est peut-être pas faux, tant les valeurs et les visions du monde qu'on partage avec son entourage influent sur la personne qu'on devient, sauf qu'ici, la difficile situation du jeune protagoniste, qui semble déterminé à répéter les erreurs de son père, serait mieux décrite par un autre postulat : "Dis-moi comment tu agis...". De son côté, Octavian, injuste, grossier et incapable de reconnaître ses propres manquements, s’impose comme un des méchants les plus mémorables du cinéma roumain récent. En dépit de cela, Bota lui accorde une certaine compassion, suggérant que reconnaître ses failles est le premier vrai pas vers la guérison.
Back and Forth a été produit par Scharf Film Production (Roumanie). Le film sortira en Roumanie au printemps 2027.
(Traduit de l'anglais)
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