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VILNIUS 2026

Critique : A River’s Gaze

par 

- Dans son premier long-métrage, la Roumaine Andreea Cristina Borțun observe la dynamique instable d'un foyer composé par une mère et son fils adolescent, quelque part dans une vaste vallée, près du Danube

Critique : A River’s Gaze
Mihaela Subtirica dans A River’s Gaze

Pour ceux qui se languissaient du misérabilisme psychédélique est-européen de Kornél Mundruczó (qui travaille à présent surtout à l'Ouest), en particulier dans Tender Son - The Frankenstein Project (2010) et surtout dans Delta (2008), le voici qui revient en fanfare dans A River’s Gaze, un film dramatique lent et comme assemblé à tâtons qu'Andreea Cristina Borțun a présenté au Festival Kino Pavasaris, dans le cadre de la compétition SMART7. Le personnage central est ici une mère célibataire qui tente de guider son fils adolescent dans la vie, alors même qu’elle semble avoir perdu le fil de la sienne. Le décor désertique, qui rappelle Delta, est le paysage empreint de solitude et d’abandon qu'habitent les communautés roms pauvres de la région danubienne. Par ailleurs, à l’instar de Tender Son (quoique plus librement), le film traite de l’absence du père et des liens brisés au sein d’une relation parent-enfant sous tension. L’action dérive lentement, péniblement, tandis que la couche de poussière du manque d'attention colle aux sens du spectateur.

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La vie de Lavinia (Mihaela Subtirica) est une pagaille dont elle s’acharne à tenter de recoller les morceaux tout en rêvant d’une belle maison pour elle et son fils de 13 ans, Dani (Stefan Costea), car ils habitent pour le moment le logement délabré de son grand-père, qui n'est guère qu'une baraque. Chassée par le père de Dani et, plus récemment, par son petit ami rom, Marian "le Gitan" (Vasile Pavel-Digudai, déjà vu dans des rôles similaires dans d’autres films roumains, notamment Soldiers. Story from Ferentari et Immaculate), qui l’a larguée pour ne pas finir par la battre à mort, elle quémande du travail et peine à joindre les deux bouts, entre son incapacité à se construire une indépendance et son échec à se conformer au rôle de l'épouse docile vivant sous le même toit qu'un homme. De son côté, Dani aspire à avoir dans sa vie une figure paternelle protectrice que son père biologique, imbibé de bière, est incapable d’être pour lui. Marian se rapprocherait davantage de ce personnage inspirant une certaine forme de respect, mais son habitude de se battre finit par se retourner contre lui. Ainsi, la vie d’errance de Dani et sa mère s’étire devant eux à l’infini, telle la plaine le long du Danube, sans aucune perspective d’amélioration (même l’ajout d’un deuxième étage à leur bicoque relève du rêve impossible) et leur existence stagnante, comme l’intrigue du film, se trouve à la fin exactement là où elle était une heure et demie plus tôt.

Andreea Cristina Borțun, artiste, professeure d’université et chercheuse avec un intérêt pour l’ethnographie, connaît sans doute très bien les communautés défavorisées qui vivent le long du Danube roumain, mais on sent que de son bureau, elle se rapporte très peu, voire pas du tout, au destin et au mode de vie des personnages dont elle parle. C'est sans doute ce qui explique son regard distancié, le rythme globalement uniforme du film et les teintes majoritairement sombres qui le dominent, qui finissent par transmettre un sentiment d’indifférence généralisée. L'actrice Mihaela Subtirica paraît elle-même assez perdue face à la tâche qui lui a été confiée d’incarner une femme marginalisée dans une situation précaire dont le profil émotionnel reste flou (y compris pour les créateurs de son personnage), si bien que sa stratégie de jeu consiste principalement à regarder dans le vide, quand il ne s'agit pas d'une scène où elle hurle de désespoir.

A River’s Gaze n’est cependant que la première partie d’une trilogie "sur l’amour dans le monde rural" observé depuis un cadre urbain sécurisant. On ne peut qu'espérer que pour ses prochains projets, la réalisatrice recourra à davantage de comédiens non professionnels et osera faire confiance à leur intuition pour insuffler de la vie dans ses personnages conçus dans un environnement stérile, qui tels quels peinent à susciter de l’empathie.

A River’s Gaze a été produit par la société roumaine Atelier de Film, en coproduction avec Avanpost, la française Films de Force Majeure et la slovène Perfo Production.

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(Traduit de l'anglais)

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