Critique série : Ritus
par Katrin Büchler
- Cette palpitante série d'horreur folklorique réalisée par Jonathan B. Behr s'articule autour d'une ville allemande qui se retrouve, tous les 18 ans, terrorisée par des phénomènes étranges

Le 43e Festival international du film de Munich, qui bat actuellement son plein dans la capitale bavaroise et se prolongera jusqu’au 5 juillet, présente sur le grand écran neuf téléfilms et sept séries. On peut citer parmi ces titres la production de SF Wake Up de Mia Maariel Meyer et Tim Trachte, sur une expérience de résurrection médicale au dénouement incertain, et la série à mystère en six épisodes Ritus, créée par Viola M. J. Schmidt et Maximilian Baumgartner et réalisée par Jonathan B. Behr, formé à l’Académie de cinéma du Bade-Wurtemberg. Cette dernière fiction, qui combine des éléments d’horreur folklorique avec une touche de drame familial, propose une énigme aussi intrigante que troublante. Ses deux premiers épisodes ont été projetés dans la section New German Television Production.
Ritus se passe dans la petite ville allemande de Seelenried, ce qu’on peut traduire comme “marécage d’âmes”, et en effet, quelque chose hante les âmes dans ce marais : tous les dix-huit ans, à l’approche du lunistice, la ville est prise de peur et des choses étranges se mettent à se produire. Le corps d’une fille disparue dix-huit ans plus tôt refait surface dans le lac qui ne donne aucun signe d’avoir pris de l’âge et se trouve couverte d’une substance gluante et noire. Quand Selin (Anna Shirin Habedank), une fille d’une autre ville, semble avoir été téléportée à Seelenried pendant son sommeil, l’inspecteur André Berger (Moritz Bleibtreu) soupçonne qu’il y a un lien entre les deux affaires. Berger, dont la deuxième femme, Liv (Alma Hasun), est enceinte, n’arrive toujours pas à oublier la disparition de sa première épouse, également survenue lors du dernier lunistice. D’autres corps sont retrouvés ; un jeune homme, Sandro (Till Raskopf), s’évanouit sans laisser de traces, et de vieilles légendes liées au cycle de la lune, au lac et au passé de Berger pointent le bout de leur nez.
La séquence d’ouverture, où un jeune homme se réveille au milieu de la nuit comme s’il avait été guidé par une force obscure, offre un incipit aussi perturbant que fort qui accroche immédiatement le spectateur. Les événements qui se déploient à l’écran sont troublants (qu’ils soient liés à des réalités alternatives ou à une sorte de phénomène de possession), mais on veut immédiatement en savoir davantage. Plus tard dans le premier épisode, on rencontre André et Selin, joués de manière si convaincante qu’on a l’impression d’être vraiment avec eux. Ritus est une série qui semble prendre son public au sérieux en évitant de fournir le genre d’informations superflues qui lestent souvent les nouvelles séries. Au lieu de ça, la fiction permet au spectateur de dérouler l’écheveau du mystère avec les personnages principaux, et les pièces du puzzle sont réunies à un rythme naturel et bien cadencé.
Ritus a une atmosphère sombre qui rappelle Twin Peaks, le surréalisme en moins, et la peur collective des gens du village fait de Seelenried un personnage à part entière. De plus, comme dans la série de David Lynch, la musique de Peter Albrecht et le design sonore de Robin Harff rehaussent l’ambiance sinistre de l’ensemble, renforçant le sentiment d’horreur en évoquant des sensations physiques, sans pour autant faire de l’ombre à l’histoire.
Même s’il est difficile d’évaluer une série à partir de deux épisodes seulement, l’auteur de ces lignes a bien hâte d’en découvrir la suite, dès que Ritus sera disponible sur ARD media library (cet automne), et trouve assez stupéfiant qu’ARD ait décidé de reléguer une série de genre aussi captivante à sa bibliothèque en ligne, alors que par sa facture et sa troupe d’acteurs, Ritus aurait bien mérité une case prime time sur la télévision linéaire.
Ritus a été produit par la société allemande MadeFor Film GmbH pour ARD Degeto et Hessischer Rundfunk (HR).
(Traduit de l'anglais)
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