email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

FILMS / CRITIQUES Royaume-Uni

Critique : On the Sea

par 

- Helen Walsh propose un film dramatique sensible et observateur où un travailleur dans le secteur de la poissonnerie découvre, tard dans la vie, qu'il est queer

Critique : On the Sea
Lorne MacFadyen et Barry Ward dans On the Sea

Au large de la côte nord-ouest du pays de Galles se trouve Anglesey, une île fort jolie, mais difficile d’accès et un peu négligée, ce qui ne l'empêche pas d'assez bien se porter. C’est là que travaillent Jack (Barry Ward, dont la carrière a décollé avec Jimmy’s Hall de Ken Loach), père de famille, ainsi que son frère Dyfan (Celyn Jones) et leur ribambelle de fils. Ils sont dans la pêche, et scrutent tout le jour le bord de l'eau pour y trouver des moules destinées aux restaurants chics de Londres. L’austérité et le déclin social ont, pour l’heure, épargné l’endroit, soutenu depuis des générations par l’industrie de la pêche. Les mentalités sont en revanche restées traditionnelles, et l’église est pleine à craquer tous les dimanches. Dans ce contexte, il est à la fois impressionnant et triste que Jack soit parvenu à dissimuler son identité queer toutes ces années.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Dans son deuxième long-métrage, On the Sea, présenté cette semaine au BFI Flare, après une première au Festival international d'Édimbourg puis des sélections à Thessalonique et Palm Springs, la romancière et réalisatrice Helen Walsh opte pour un cadre et un canevas qui reviennent souvent dans le cinéma indépendant britannique. Cependant, la mise en images hypnotisante et en syntonie avec son décor de l'histoire (par le chef opérateur Sam Goldie) et les interprétations profondément habitées des comédiens rendent cette nouvelle variation sur le thème très plaisante. Au fond, le film rappelle que bien qu'on soit dans une ère où les personnes queers ont plus de visibilité, la sexualité de chaque individu (et la confiance nécessaire pour l’exprimer) exige de la patience pour s'épanouir, voire simplement pour apparaître aux yeux de l'intéressé lui-même. Au fil de son existence répétitive, mais sûre, entre les bancs de moules, les dragues à coquilles Saint-Jacques et la relative harmonie domestique qui règne dans le foyer qu'il a fondé avec sa femme Maggie (Liz White), couturière, il a pu refouler sa véritable nature.

Un soir, au pub, Jack croise le regard de Daniel (Lorne MacFadyen), homme à tout faire itinérant qui se trouve là pour un chantier et mène, autrement, une existence sans attaches, passée à longer la côte en caravane. Comme plusieurs questions en lien avec son entrée dans l'âge mûr troublent  l'esprit de Jack (notamment la probable modernisation de l'entreprise de pêche qu'il gère avec Dyfan et la réticence de son fils Tom, joué par Henry Lawfull, à reprendre le métier familial), il se sent naturellement attiré par ce bel inconnu. Des conversations hésitantes mais lourdes de sens vont finalement mener à plus d’intimité. S’il est un aspect du cinéma de Walsh qui reflète son travail d'écrivaine encensée, c’est bien le fait qu'elle évite la structure classique en trois actes, de même que l'attention qu'elle porte aux représentations de soi inabouties : chaque événement, ou tournant dans l'intrigue semble survenir de manière plus retenue qu’à l’accoutumée, gagnant en profondeur ce qu’il perd en économie narrative.

Par le regard très britannique et rural qu'il pose sur la vie queer et l’isolement, On the Sea s'inscrit quelque part entre le cinéma de Mark Jenkin, qui convoque de manière troublante le passé, le présent et l’avenir du littoral cornouaillais, et Seule la terre. Le film manque, certes, de quelques éléments distinctifs et plus dynamiques qui le feraient sortir du lot dans les festivals (et le démarqueront lors de sa sortie dans les salles nationales), mais sa sensibilité et l'angle très empirique qu'il adopte restent tout à fait appréciables.

On the Sea est une production britannique, portée par Red Union Films. Les ventes internationales sont assurées par The Yellow Affair.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy