email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

KARLOVY VARY 2026 Compétition

Critique : Chica Checa

par 

- Dans la comédie dramatique transgénérationnelle de Šimon Holý, la personnalité de drag d’un fils devient le catalyseur d’une renaissance pour sa mère âgée et veuve, ainsi que de son acceptation

Critique : Chica Checa
Jan Cina dans Chica Checa

Chica Checa du jeune scénariste et réalisateur tchèque Šimon Holý, qui a fait sa première mondiale à Karlovy Vary parmi les prétendants au Globe de cristal, marque un net virage par rapport à l’intimisme et au profil de films à petit budget de ses travaux antérieurs. Il s'agit d'une comédie dramatique intergénérationnelle, plus chaleureuse et accessible, qui s'inscrit dans le prolongement de ce qu'on peut considérer comme sa "trilogie sur les femmes" (constituée par Mirrors in the Dark, And Then There Was Love... et Hello, Welcome), car Holý y aborde de nouveau des questions liées à l’expérience féminine, au devoir familial et à la répression des sentiments, mais cette fois à travers le regard d’une mère veuve d'un âge assez avancé, dont le réveil émotionnel permet d'ancrer le film dans un registre plus grand public et plus facile d'accès.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
insularia_Josué

Zdena (Pavla Tomicová) est factrice dans un petit village tchèque. Ses journées s'écoulent entre son travail, les travaux que nécessite la maison familiale décrépite et les visites qu'elle rend à sa mère mourante (Věra Janků), désormais alitée. Lorsque son fils Lukáš (Jan Cina), qui vit et travaille en France, rentre au pays, il apprend que sa grand-mère a un ultime vœu à réaliser : voir une dernière fois la chanteuse pop tchèque Helena Vondráčková. Lukáš propose alors une solution improbable : se faire lui-même passer pour Vondráčková, en puisant dans son expérience comme drag queen, qu'il a toujours cachée à la fois à sa mère et à sa grand-mère. La réaction de Zdena à ce projet est incrédule, d’autant qu’elle ignorait jusque-là que son fils se produisait en France en tant qu’artiste drag, sous le pseudonyme de Chica Checa, et qu'il ne travaillait pas dans une banque comme on le lui avait fait croire.

Holý a déjà exploré les relations humaines au sein de sa propre génération, souvent à partir d'un point de vue féminin, et And Then There Was Love... scrutait déjà les tensions intergénérationnelles dans le contexte d'une dynamique mère-fille (avec Tomicová au centre du récit). Certains de ces motifs se retrouvent ici, sauf que Chica Checa tourne cette fois son attention vers une relation mère-fils, utilisant le retour de Lukáš non pas seulement comme l'occasion d'une histoire de coming out, mais aussi comme un catalyseur qui va favoriser chez Zdena un renaissance.

Bien que le film adopte un mode de narration plus grand public, on est loin d’avoir affaire à une comédie tapageuse. Son humour est doux, de situation, et sa force dramatique réside dans le fait que Zdena va progressivement faire face à son deuil, à la routine et aux préjugés tacites. Au bout du compte, Chica Checa parle moins de l’identité queer de Lukáš que de la capacité de Zdena à accepter son fils, et à retrouver dans le même temps la sensation que beaucoup de choses sont encore possibles pour elle. Dans ce sens, le film est autant un mélancolique récit d’apprentissage autour d'un personnage qui se découvre tardivement dans la vie qu’une histoire de réconciliation familiale.

Holý évite ici le ton misérabiliste souvent associé au drame social rural, lui préférant des accents humanistes et une photographie baignée de cette lumière particulière, propre à l'été. Le village qui sert de décor à l'intrigue n’est pas utilisé pour exotiser le personnage de drag de Lukáš ni pour traiter l’identité queer comme un problème de société. Même quand Lukáš choisit de ne pas se cacher aux yeux des voisins et connaissances de sa mère, Holý maintient le conflit à une échelle intime,  et non communautaire. Cette retenue fait partie des points forts du film : le drame s’enracine non pas dans le scandale public, mais dans le travail d’acceptation au niveau personnel.

Le film s’ouvre sur une fête de village où Zdena paraît visiblement mal à l’aise, une scène dont on retrouve plus tard un contrepoint, quand elle va voir Lukáš se produire sur scène. Ce mouvement du malaise au sein de son monde familier à un effort pour s'ouvrir à un univers qui ne l’est pas est au cœur du développement du personnage. Chica Checa, bien porté par l'interprétation sobrement expressive de Tomicová, propose le portrait touchant et plein d’espoir d’une femme qui apprend à regarder son fils (et elle-même) d’un œil neuf.

Chica Checa a été produit par Silk Films en coproduction avec Arina, The French Connection et la Télévision tchèque. Les ventes internationales du film sont gérées par Pluto Film. Dans son pays, il arrivera sur les écrans le 20 août, avec  Falcon.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy