Critique : The Holy Boy
par Giorgia Del Don
- Paolo Strippoli raconte l'histoire d'un hameau de montagne qui survit grâce au pouvoir de guérisseur d'un inquiétant adolescent surnommé "l'ange de Remis”

Le réalisateur italien Paolo Strippoli, déjà connu dans le milieu du cinéma fantastique pour ses travaux précédents (A Classic Horror Story, coréalisé avec Roberto De Feo, et Piove, son premier long-métrage en solo) confirme avec The Holy Boy le talent tout particulier qu'il a s'agissant d'explorer la face obscure de l’être humain. Le film, qui a fait sa première mondiale à Venise, hors compétition, et figure présentement au programme du Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF), met le public mal à l’aise dès les premières images. Celles-ci catapultent le spectateur au cœur d’un petit village de montagne appelé Remis où vit, simplement et apparemment harmonieusement, une communauté restreinte mais très soudée que vient soudain chambouler l'arrivée de Sergio Rossetti (interprété par Michele Riondino), prof d'EPS remplaçant dont le cynisme se heurte aux valeurs quasi franciscaines des locaux.
Bien que le remplaçant soit attendu par les habitants de Remis avec avec la joie et l'attitude toujours positive qui les caractérisent, ses manières brusques et expéditives mettent d’emblée leur patience à rude épreuve. La première à subir la colère de Sergio Rossetti (dont on devine qu'elle résulte d’un événement traumatisant) est Michela (jouée par une Romana Maggiora Vergano formidable dans ce registre dramatico-horrifique), la gérante de l’auberge du village. Après avoir été agressée par Sergio, qu'elle décide toutefois, dans un second temps, d’aider, elle le conduit auprès de "l’ange de Remis", un adolescent aux dons messianiques, capable de libérer de sa douleur et de sa tristesse quiconque le serre dans ses bras. Matteo Corbin (Giulio Feltri), car tel est son nom, est littéralement le centre autour duquel va se resserrer, de manière étouffante, la communauté, soudain frappée par une insoutenable tragédie.
Sergio, Matteo et Michela sont les héros d’une histoire à la fois sacrée et profane où des ambitions profondément humaines se mêlent à des forces surnaturelles puissantes. Car au fond, tout ce que veulent les habitants de Remis (mais ce à tout prix), c’est cesser de souffrir, or la seule personne qui semble capable d’accomplir ce miracle est Matteo Corbin, qui est simultanément un adolescent victime de harcèlement et un ange céleste. Impossible de ne pas lire, dans ce désir profond de sérénité, une critique du besoin de "résilience" typique de notre société, un concept désormais si généralisé qu’il en a presque perdu son sens initial et qu'il en devient un objectif illusoirement à la portée de tous. Tels des toxicomanes constamment en quête de leur prochaine dose, les habitants de Remis se cramponnent à Matteo, indifférents au fardeau que cela représente pour le jeune garçon. Sans qu'ils s'en rendent réellement compte, leur quête d’un équilibre émotionnel qui reste constant les amène à détruire leur source de salut.
The Holy Boy, qui joue habilement avec un registre horrifique que Paolo Strippoli maîtrise à la perfection, renvoie au désir profond que nous avons tous d’atteindre une paix des sens qui n’est qu’une chimère. Incapables d’affronter leur douleur, les habitants de Remis se bercent d’illusions jusqu'à l’étourdissement, et nourrissent ce faisant une bête (sous la forme d’un adolescent troublé et malléable) prête à frapper.
The Holy Boy a été produit par Fandango, Nightswim et SPOK Films. Les ventes internationales du film sont assurées par Fandango.
(Traduit de l'italien)
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