Critique : The Lion at My Back
par Vladan Petkovic
- Le deuxième long-métrage de la Chypriote Tonia Mishiali réunit deux actrices formidables, Elena Kallinikou et Sokhna Diallo, pour raconter la naissance d'un lien improbable entre deux femmes

Après son premier long-métrage, Pause, présenté en 2018 dans la section East of the West du Festival de Karlovy Vary, la cinéaste chypriote Tonia Mishiali est de retour au festival tchèque, cette fois en compétition, avec The Lion at My Back, le deuxième volet d'une trilogie annoncée centrée sur les femmes. Le film, chaleureux et tendre, suit deux femmes très différentes qui tissent un lien improbable.
On fait la connaissance de la demandeuse d'asile sénégalaise Mariama (Sokhna Diallo) alors qu'elle fête ses 18 ans dans un foyer d'accueil chypriote pour mineurs sans abri. L’événement signifie aussi qu'elle va devoir quitter les lieux, alors qu'elle n'a nulle part où aller. Stella (Elena Kallinikou), une autochtone d’une quarantaine d'années, travaille dans ce foyer et se démène pour récupérer la garde de sa fille, perdue à cause de ses démêlés avec la drogue et la prostitution, désormais dans le passé.
Comme Mariama continue de se faufiler dans le foyer la nuit, pour dormir, Stella, qui l’a remarqué, accepte à contrecœur de la laisser passer la nuit dans l'appartement qu'elle partage avec un groupe de personnes tout aussi "brisées" qu’elle, en échange d'un échantillon d'urine. Stella est sevrée des drogues dures depuis plus de deux ans et se soumet régulièrement à des tests, mais elle prend encore des gouttes de cannabis.
Mariama, de son côté, affronte un cauchemar bureaucratique, mais Stella connaît un boucher prêt à l'employer sans papiers dans sa boutique, où la jeune femme va aussi trouver un ami, voire un peu plus. Quant à la seconde, elle met tout son argent dans la thérapie qu'elle suit assidûment et rêve d'avoir un logement à elle seule. C'est ce qui va l'amener à retourner, contrainte et forcée, voir son ancien proxénète et accepter un dernier boulot humiliant, ce qui, par ricochet, va aussi mettre Mariama en danger.
Stella, anxieuse et en difficulté mais tenace, devient une sorte de mère de substitution pour la jeune Sénégalaise innocente, énergique et tête brûlée, laquelle lui apporte en retour soutien émotionnel et énergie positive. C'est cette relation (et l'alchimie magnétique entre Kallinikou et Diallo) qui élève à un autre niveau le scénario par ailleurs assez classique qu'ont composé Mishiali, Dianne Jones et Simona Nobile – la trame suit en effet un chemin bien balisé : deux personnages très différents entre eux se lient, surmontent ensemble des obstacles et finissent par s'aider mutuellement à grandir.
Mishiali a manifestement travaillé de près et longuement avec ses deux actrices, car le lien qu'elle tisse entre elles est plus complexe encore qu'une simple dynamique mère-fille. Par moments, elles ressemblent à des sœurs ; à d'autres, à une tante et sa nièce. C'est qu'au fond, le cœur du film sont les riches dynamiques qui peuvent exister entre deux femmes, ce qui lui confère une tonalité résolument féministe dans le sens non pas militant, mais le plus humaniste du terme.
Cette chaleur et cette tendresse sont encore renforcées par le fait que le film a été tourné en 16 mm (par le chef opérateur Manu Tilinski). La caméra, souvent portée à l'épaule, suit de près les personnages, passe de l'un à l'autre, mais les images les plus marquantes restent celles où elles sont toutes les deux dans le cadre. Plutôt que de produire l'effet documentaire qu'a souvent pour corollaire le travail caméra à l'épaule, ici, ce choix ajoute à l'authenticité de l'ensemble, et fait resssortir l'authentique affection qui existe manifestement entre les deux actrices.
Dans ce contexte, compte tenu de l'idée centrale du film, la scène qui traite directement de la crise des réfugiés paraît presque superflue – et fait l'effet d'une case supplémentaire cochée par le scénario plus que d'un mouvement naturel. En faisant évoluer son récit d'un établissement social à un appartement délabré, d'une boucherie à l'entrepôt qui sert de QG au proxénète de Stella et à un sordide club de sexe souterrain, avec, entre les deux, des rues brûlées par le soleil et une plage de sable blanc, le film commentait déjà très bien, et tout naturellement, le paysage social et économique qu'il dépeint.
The Lion at My Back a été produit par la société chypriote Bark Like a Cat avec Iris Productions (Luxembourg) et Avaton Films (Grèce).
(Traduit de l'anglais)
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