email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

KARLOVY VARY 2026 Séances spéciales

Critique : A Report for Minerva 2

par 

- Miroslav Krobot et Lubomír Smékal adaptent leur pièce de théâtre dans un film où se retrouvent pêle-mêle les clients et le personnel d'un hôtel, des extraterrestres et des esprits

Critique : A Report for Minerva 2
Miroslav Krobot, Lubomir Smékal et Jana Posníková dans A Report for Minerva 2

De quoi a besoin un petit hôtel de province ? De personnel et de clients, et plus il y en a, mieux c’est, bien que les personnages doivent rester équilibrés. Si les figures et stéréotypes représentés sont trop ordinaires, ils risquent d’être ennuyeux ; s’ils sont trop bizarres, ils risquent d’être ridicules. Bien sûr, on peut toujours assaisonner le tout avec, par exemple, des fantômes qui hantent les lieux, ou des extraterrestres qui viennent leur rendre visite. En voilà un bon plan d’attaque, pour une comédie hôtelière à toute épreuve.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

C’est exactement ce qu’ont fait (et tellement plus encore !) les acteurs de théâtre, dramaturges et metteurs en scène de théâtre tchèques Miroslav Krobot et Lubomír Smékal avec leur projet A Report for Minerva 2. Tout a commencé comme un spectacle joué par la troupe amateur Divadelní spolek 23 (qui figure ici au générique parmi les producteurs), puis la pièce s’est transformée en un film réunissant de nouveau tous ces acteurs, qui a fait sa première au 60e Festival international du film de Karlovy Vary, parmi les séances spéciales.

Sur les deux réceptionnistes, l’une est de mauvais poil parce que sa carrière de comédienne est finie, et l’autre a les émotions à fleur de peau parce qu’elle va accoucher d’un jour à l’autre. La femme de ménage ukrainienne est elle aussi bougonne et tend à s’énerver contre les clients, harassée comme elle l’est par le travail et les préjugés. Le peintre de la maison bulle, il songe à différentes choses au lieu de travailler. On a aussi une femme de chambre qui apparaît et disparaît et se téléporte, comme si elle venait de débarquer d’une époque différente, plus romantique. La perspective d’un changement de direction plane sur l’établissement et soudain, deux vrais gentlemans (joués par les réalisateurs) font irruption, et le moins qu’on puisse dire est qu’ils se comportent assez bizarrement. 

Les clients eux-mêmes ne sont pas toujours commodes. Parmi eux : un type barbant comme tout, obsédé par la vie saine, qui harcèle continuellement sa conjointe, les autres clients et le personnel de l’hôtel avec ses conseils sur ce qui est bon ou pas pour la santé. On peut aussi mentionner le geek solitaire qui essaie d’entamer des conversations avec les femmes et le tire-au-flanc obsédé par la chose qui fait de même, quoiqu’aucun des deux n’osent aller jusqu’au bout – ils flippent au dernier moment. Une touriste venue de Slovaquie est victime de discrimination et doit attendre qu’une chambre se libère bien qu’elle ait réservé, tandis qu’un clarinettiste se fait trimbaler d’un endroit à l’autre parce qu’il “dérange les autres clients”, bien qu’en réalité, personne ne se soit plaint. Il y a une belle jeune femme qui tape dans l’œil de tous les hommes dans la pièce, mais tout ce qu’elle veut, c’est une conversation sincère. Enfin, on a un extraterrestre qui doit envoyer un rapport à son monde d’origine, Minerva 2, tout en essayant de s’habituer aux comportements humains, ainsi que l’esprit d’un Nokia 3311 (“un vieux modèle”, indique le portable) qui gît à terre dans un coin tandis que sa batterie s’épuise lentement.

Certes, l’ensemble paraît à la fois touffu et attachant par sa bizarrerie. De fait la durée modérée du film, 68 minutes, est tout à fait attrayante. Sur scène, on suppose que l’histoire pourrait souffrir de durer davantage, mais sur l’écran, c’est différent, et la transposition d’un médium à l’autre n’est pas aussi fluide qu’on aurait pu l’espérer, loin de là. Les acteurs amateurs ont du mal à dire leurs textes, plus que sur scène, on imagine, et les deux réalisateurs (dont un seul, Krobot, a déjà fait du cinéma) ont beau user de tous les trucs et astuces possibles et imaginables pour rendre plus vivants et moins théâtraux l’espace où tout se déploie, les interactions entre les acteurs ainsi que le cadre, on ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup de cohérence, en termes de méthode, derrière chaque choix technique pris individuellement. Les plus grands coupables, ici, sont sans doute les monologues : tous les personnages, humains, esprits et aliens, ont l’occasion de formuler leurs pensées intérieures, et bien qu’elles fonctionnent peut-être quand on est confortablement assis dans un théâtre, à l’écran, elles font totalement factices. En somme, A Report for Minerva 2 fait l’effet d’un effort sincère et honnête, mais pas tout à fait réussi, qui risque de ne réellement attirer que les spectateurs déjà fans de la pièce.

A Report for Minerva 2 a été produit par les sociétés tchèques Film Kolektiv s.r.o. et Divadlení spolek 23.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy