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KARLOVY VARY 2026 Proxima

Critique : Camionero

par 

- Francisco Marise présente un docufiction où il essaie de rendre compte de la vie d'un camionneur sous tous les angles, d'une manière nouvelle et originale

Critique : Camionero

Les routes ressemblent aux vaisseaux sanguins du monde physique. La plupart des choses dont nous avons besoin, que nous utilisons et que nous accumulons nous parviennent par la route, au moins en partie. Les routes nous emmènent aussi ailleurs ; elles nous offrent des aventures et nous donnent à voir le monde. Dans le cinéma, il existe tout un genre consacré uniquement aux routes, au voyage, et à tout ce qui peut survenir en chemin, mais pourrait-on imaginer un road movie qui ne s’appuie pas sur la présence de la route elle-même, et sur la conduite d'une voiture comme action principale ? C'est précisément ce que tente de faire Francisco Marise dans le docufiction Camionero, en lice dans la section Proxima du Festival de Karlovy Vary.

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Comme l’a dit le compositeur estonien Arvo Pärt, la musique ne se compose pas que de notes, mais aussi de silences. On pourrait, en théorie, appliquer la même idée à l’approche de la route, de la conduite et du voyage que choisit Marise : le mouvement serait alors la note, et l’immobilité le silence. Concrètement, le réalisateur s’intéresse surtout aux moments de quiétude et aux lieux que fréquentent les routiers lorsqu’ils ne conduisent pas (les relais routiers, les cafétérias de bord de route, les motels, parfois un garage ou un magasin de pneus), mais aussi à l’intérieur des cabines, où les chauffeurs passent l’essentiel de leur temps libre. C'est là qu'il se laissent bercer par des vidéos visionnées sur l’écran de leur téléphone jusqu’à trouver le sommeil ; c'est de là qu'ils appellent les proches qui leur manquent.

L’essentiel, ici, est que les motivations de chacun, qu'elles procèdent de traumatismes passés ou d’une difficulté actuelle, sont individuelles. Il en va de même du destin, bien qu'il ne présente que deux issues possibles : soit on cède à la fatigue ou soit on continue, parce qu’il n’y a pas d’autre choix. Marise s’efforce assurément de peindre un tableau d’ensemble de la vie des camionneurs sur la route (en Argentine, plus précisément), tout en mettant en exergue quelques situations particulières à travers des vignettes.

Si le film se démarque de la masse d’œuvres similaires déjà existantes (généralement tournées sous forme de documentaires d’observation), c'est que son auteur a pris la décision consciente de montrer le moins possible la route, n’utilisant la conduite que comme une toile de fond pour les pensées et réflexions des routiers sur les sujets du quotidien qui les occupent. Dans l’ouverture du film, ce parti pris fait mouche : le directeur de la photographie Jorge Rojas privilégie des scènes en plan-séquence, en choisissant toujours le bon angle, et le duo de monteurs formé par le réalisateur et Mayra Morán les relie par de longs et doux fondus enchaînés qui confèrent à l’ensemble une allure quasi expérimentale.

Cependant, une fois l’effet de nouveauté estompé, après environ un tiers de film, des fissures apparaissent. Le problème, c’est que Marise a visé un peu haut en essayant de réinventer la roue, comme on dit, sur un sujet certes potentiellement fascinant, mais néanmoins assez familier, tout en s'efforçant de livrer une image exhaustive de la vie d’un routier en l'abordant sous tous les angles possibles et imaginables. C’est sans doute pour cela qu'il a opté pour une structure en vignettes somme toute trop superficielle, et presque sans aucun tissu conjonctif entre les segments, et ce malgré l'intervention de "personnages" récurrents.

Au final, la structure est si lâche qu’elle frôle l’inexistence, et l’ensemble évoque une mosaïque de clichés assemblée de manière arbitraire. Truck Driver s’impose comme une occasion manquée, malgré quelques jolies touches çà et là.

Truck Driver est un film hispano-argentin produit par La Claqueta et Amania Films, en coproduction avec Amateur Cinéma, Acheron Films et La Cruda Realidad.

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(Traduit de l'anglais)

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