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FIDMARSEILLE 2026

Critique : Todo es cárcel

par 

- Eloy Enciso combine documentaire, histoire et fiction pour enquêter sur les camps de concentration établis par Franco après la guerre civile espagnole, dont beaucoup ont oublié l'existence

Critique : Todo es cárcel
Elsa Pereira dans Todo es cárcel

Cette semaine, le nouveau long-métrage d'Eloy Enciso (Arraianos, Longa noite) est au programme de la compétition internationale du 37e FIDMarseille. Le film, intitulé Todo es cárcel, s’appuie sur ce que racontent des lettres, reconstituées à partir des témoignages de survivants aux camps de concentration franquistes. Ces quelques deux cents prisons, pour hommes et pour femmes, l’audiovisuel espagnol en a jusqu'ici à peine parlé – hormis la série historique Las noches de Tefía (qui se passe dans un centre de détention pour homosexuels situé sur l’île de Fuerteventura) et le long-métrage San Simón (dont l'action se déploie sur l'île du titre, dans la Ría de Vigo).

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Le film est le résultat d’un long travail de recherche rendu par une forme hybride combinant fiction et documentaire. En outre, Enciso a conçu une œuvre qui laisse respirer ses personnages, ainsi que les paysages et les bâtiments qu'il montre, en les filmant sans hâte, étirant les durées et les situations jusqu’à des limites que les amateurs de rapidité pourraient en venir à détester. Comme ses films précédents, ce nouveau travail invite à la méditation, à la lecture entre les lignes et au naturel le plus radical : celui qui fait sans rupture d'harmonie baigner le film dans le documentaire, bien qu'il soit construit comme une fiction.

Todo es cárcel met en scène une photographe (incarnée par la danseuse de danse contemporaine Elsa Pereira) qui vit habituellement à Berlin, mais a décidé de parcourir l’Espagne seule (d'Alicante à Madrid en passant par Burgos, entre autres), en train et en voiture, pour photographier différents lieux. Elle prépare en effet un projet de documentaire consacré aux camps de concentration franquistes, avec pour axe central la tragique histoire de Carmen et Ángel, deux amants séparés par la guerre auxquels elle prête sa voix, avec l’aide d’autres acteurs non professionnels qu’elle sélectionne au fil de ses étapes. Malheureusement, l’annonce du décès d’un proche et la nécessité de répartir son héritage entre ses différents frères et sœurs (différents dans tous les sens du terme) l’obligent à interrompre son travail et à reprendre contact avec une famille dont elle s'était éloignée, et dont les racines sont en Galice.

Ainsi, Todo es cárcel (dont les dialogues sont en galicien et en castillan) a plusieurs ramifications entre lesquelles il alterne. On a d'abord l'histoire de la cinéaste/chercheuse fouillant le passé semi-occulté d’un pays atteint d'un silence chronique (alter ego du réalisateur lui-même), celle des amants séparés dont la relation a été brutalement amputée par le fascisme (qu’on entend presque uniquement à travers la voix off), mais aussi celle de cette famille réunie de force autour d’un défunt, reflet d’un pays fratricide qui peine à s’accorder pour gérer son héritage (plus moral que matériel).

Todo es cárcel a été produit par Filmika Galaika et Umbracle Cinema. La distribution du film en Espagne et ses ventes internationales sont assurées par La Machina.

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(Traduit de l'espagnol)

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