email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

KARLOVY VARY 2026 Séances spéciales

Critique : Everything As It Should Be

par 

- Le film de dialogues de Bohdan Karásek est une étude incisive sur l'ambivalence de l'âge moyen, autour d'une femme accomplie confrontée aux doutes que ne tempère pas l'épanouissement social

Critique : Everything As It Should Be
Marie Švestková et Jiří Havelka dans Everything As It Should Be

Le Tchèque Bohdan Karásek s'est imposé comme une nouvelle voix marquante du cinéma avec son premier long-métrage, Karel, Me and You (2019), qui s’était distingué aux Prix de la critique tchèque (lire l'article). Son deuxième long, Everything As It Should Be, projeté parmi les séances spéciales du Festival de Karlovy Vary, confirme l'intérêt du réalisateur pour les études intimistes, portées par les dialogues, sur des individus face à leurs incertitudes. Son premier film traitait des choix de vie et des attentes de personnages trentenaires ; son petit dernier déplace son regard vers l'entrée dans l'âge moyen et se penche sur les doutes d'une femme dont la vie semble pourtant, de l'extérieur, parfaitement ordonnée.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
insularia_Josué

Monika (Marie Švestková), médecin accomplie, passe la journée avec son ex-mari, Peter (Jiří Havelka), dont elle est restée proche malgré l'effondrement de leur mariage – faute d'arriver à avoir un enfant. Monika, désormais enceinte de son second mari, Lukáš (Lukáš Bouzek), ne sait pas si cet événement qu'elle désirait si ardemment jadis correspond vraiment à ce qu'elle veut. Ce qui commence comme un rendez-vous informel pour boire un café déborde peu à peu sur le reste de la journée, et devient une sorte de confession déambulatoire pendant laquelle refont surface la proximité d'avant, une grande tendresse qui n'a pas été tarie et des angoisses bien actuelles.

Karel, Me and You a valu à Karásek l'étiquette de cinéaste mumblecore tchèque – à cet égard, il doit beaucoup, de son propre aveu, à Éric Rohmer. Everything As It Should Be s'éloigne légèrement de ce style, tout en conservant un intérêt résolument rohmerien pour la conversation comme forme d'investigation personnelle. Une grande partie du film voit Monika et Peter déambuler dans Liberec, leur échange passant des souvenirs communs et de conversation polie pour se donner des nouvelles à des réflexions plus mélancoliques sur le vieillissement, le couple, la parentalité et les compromis qui sont le propre de la vie adulte.

Le film reste tout du long un récit intime à deux personnages, dialogué et marché, bâti sur des réflexions songeuses, des confessions et des hésitations plus que sur des incidents précis, comme dans une dramaturgie classique. Ceci étant dit, la photographie de Tomáš Uhlík (Brutal Heat) et le montage (par Karásek lui-même) donne à l'ensemble un rythme plus alerte qu'on ce qu'on aurait pu imaginer à partir de la prémisse du film. Des prises plus longues accompagnent le duo central au fil de leurs déplacements en ville, laissant respirer la conversation, tandis que le montage empêche le film de devenir statique ou trop théâtral. Le résultat est un spécimen  modeste mais fluide de cinéma conversationnel, plus proche d'un drame de chambre en mouvement que d'un exercice statique de dialogue filmé.

Karásek, également scénariste de son film, veille bien à ne pas noyer les doutes de Monika dans une mélancolie sans fond. Bien que le film soit riche en dialogues (et, dans le cas de Monika, en longs monologues), il ménage un peu d'espace pour d'occasionnelles plaisanteries et de petits interludes comiques. Ces touches plus légères sont essentielles, car elles empêchent le film de se muer en une étude de cas solennelle sur l'insatisfaction liée à la quarantaine. La crise de Monika ne naît pas d'un échec évident : elle a un bon statut professionnel, elle est remariée et une maternité se profile. La tension réside plutôt dans le fait qu'elle sent, confusément, que la vie qu'elle a choisie ne correspond peut-être pas à ses vraies aspirations.

Au lieu de faire de l'incertitude de la quarantaine l'apanage d'hommes à la dérive ou de romantiques déçus, Karásek l'envisage à travers un personnage de femme accomplie confrontée au gouffre inconfortable entre réussite sociale et doutes personnels. Le film fonctionne à une échelle délibérément modeste, et ses enjeux dramatiques modérés pourraient limiter son impact au-delà des publics festivaliers sensibles au cinéma d'auteur centre-européen minimaliste et porté par le dialogue. Ceci dit, en tant qu'étude sur l'ambivalence de la quarantaine, les émotions résiduelles et l'instabilité de vies en apparence posées, le film confirme la belle sensibilité de Karásek aux crises silencieuses dans les relations humaines contemporaines et à la subjectivité féminine.

Everything As It Should Be a été produit par Beginner's Mind en coproduction avec la Télévision tchèque et Magiclab. La sortie nationale du film est prévue pour le 23 juillet, avec Artcam Films.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy