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KARLOVY VARY 2026 Proxima

Critique : Rain Catcher

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- Dans son élégant film néo-noir sur le voyeurisme, l'obsession et le fait que les images sont trompeuses, Michele Fiascaris transforme une Londres nocturne en un séduisant labyrinthe de surveillance

Critique : Rain Catcher
Dudley O'Shaughnessy dans Rain Catcher

Londres a rarement été aussi séduisante, et aussi menaçante, que dans Rain Catcher, le premier long-métrage visuellement bien maîtrisé de Michele Fiascaris. Ce récit néo-noir tortueux, dont l'action se déploie presque entièrement après la tombée de la nuit, transforme les tours de béton, les passerelles surélevées et les fenêtres illuminées du Barbican en un labyrinthe urbain où l’observation cède rapidement le pas à l’obsession. Le film vient de faire sa première mondiale dans le cadre de la compétition Proxima du Festival de Karlovy Vary.

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Ici, Dudley O’Shaughnessy incarne Miles, un photographe underground qui arpente les rues de la capitale et observe l’intérieur des logements d’inconnus à travers un téléobjectif. En publiant anonymement les images ainsi recueillies sous le nom de "Rain Catcher", il s’est constitué une vaste audience d'internautes, sans pour autant que cela garantisse la stabilité de ses finances personnelles. Sa pratique se situe dans une zone éthique trouble : Miles a beau se présenter comme un artiste qui documente la vie cachée de la ville, son succès repose sur la violation de la vie privée de gens qui n’ont jamais consenti à devenir ses sujets.

Le rapport de force s’inverse lorsque Miles commence à remarquer la présence récurrente d'une femme mystérieuse (interprétée par Kate Dickie avec une formidable économie de moyens) dans les clichés qu'il collecte. Bientôt, son identité est dévoilée, son travail saboté, et son entourage semble être en danger. Le voyeur devient le spectacle, et se retrouve dans la même situation de vulnérabilité que celle qu’il imposait jusqu'ici aux autres sans y réfléchir à deux fois.

À partir d'un court-métrage remontant à 2018, Fiascaris et son coscénariste Filippo Polesel ont composé un thriller psychologique dense qui navigue entre intrigue criminelle, horreur urbaine et expérience subjective de plus en plus trouble. La comparaison avec Fenêtre sur cour et Blow-Up est presque inévitable, tandis que l’effacement de la frontière entre rêve, hallucination et réalité amène progressivement le film sur un terrain plus lynchien. Ceci étant, Rain Catcher a suffisamment de personnalité pour ne pas faire l'effet de n'être qu'un simple assemblage de références.

Une grande part de cette identité vient de la photographie d’Evgeny Sinelnikov. Les néons qui se reflètent sur le trottoir, les surfaces détrempées et les vues vertigineuses que présente le film montrent Londres comme une ville à la fois immense et suffocante. Les mouvements de caméra vacillants et les musiques électroniques aliénantes d’Aeph plongent le public dans la perception déclinante de Miles, sans révéler d’emblée quelles menaces sont réelles. O’Shaughnessy complète ces effets de style par une interprétation habitée qui fait de Miles un personnage moralement discutable, mais bel et bien humain, au lieu de ne mettre en avant que ses aspects repoussants.

Le scénario ploie parfois sous le poids des retournements de situation multiples qu'il aligne. La relation naissante de Miles avec sa voisine l'énergique Yumi, incarnée par Jessie Mei Li, requiert plusieurs sauts de puce dans le récit qui semblent un peu faciles, et certains personnages secondaires font davantage l'effet de pièces de puzzle servant à élucider le mystère que d’individus dotés d'une véritable épaisseur. Les dialogues peuvent par ailleurs s'avérer un peu trop directs quand ils tâchent d'exprimer le propos du film sur l’exploitation, la célébrité et la valeur commerciale de la controverse.

Il n'en reste pas moins que Fiascaris livre ici un sinueux récit globalement bien maîtrisé, distillant les informations à un rythme qui permet à l'énigme de rester captivante tout du long, sans la réduire à un simple casse-tête mécanique. Sous sa surface de film de genre bien léché, Rain Catcher propose une analyse pointue de l'utilisation des images comme instruments d'une prise de possession, entre ceux qui ont le droit de regarder, ceux qui profitent d’être vus, et ce qui se passe quand l'appareil photo se retourne contre le photographe. Ce film, élégant, inquiétant et porté par des acteurs solides, établit Fiascaris comme un cinéaste de genre à la fois ambitieux et très au point techniquement.

Rain Catcher a été produit par les sociétés britanniques Yellow Pill Films Ltd et Featuristic Films. Les ventes internationales du film ont été confiées à Cercamon.

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(Traduit de l'anglais)

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