Critique : Small Things
- Le nouveau film de Zvonimir Jurić, naturaliste et tranquillement dévastateur, s'articule autour d'une réunion de famille

Bien que la filmographie de Zvonimir Jurić ne soit pas particulièrement nourrie pour un réalisateur dont la carrière s'étale sur plus de trente ans (avec seulement trois longs-métrages en solo et six en collaboration), il est considéré comme un des cinéastes croates les plus accomplis et respectés. La raison en est peut-être qu’il ne cherche pas l’approbation, mais choisit ses projets avec soin et s’en tient à un style réaliste et naturaliste pour évoquer la société croate actuelle, que ce soit à travers le sujet du hooliganisme (Sex, Drink and Bloodshed, 2004), des crimes de guerre des années 1990 (The Blacks) ou de la morosité de la vie à la campagne pendant la période de transition (The Reaper).
Jurić revient à présent avec un nouveau film, Small Things, adapté d’une nouvelle du critique de cinéma, journaliste et écrivain croate Jurica Pavičić qui commente la réalité croate contemporaine et l’effritement des liens familiaux du fait du rythme effréné de la vie, de la stratification sociale, de questions d’argent et de problèmes personnels, ainsi que des difficultés du quotidien. Le film vient de faire sa première au Festival de Pula.
L’action se déroule sur une petite île, non loin de la ville côtière de Split, où trois générations d’une famille ouvrière ordinaire se réunissent pour finaliser la vente d’un terrain à un promoteur et se répartir l’argent. Le père (incarné par un Izudin Bajrović tout en retenue et en bonhomie) est âgé et souffrant, mais c'est un homme de peu de mots qui ne se plaint pas et s’efforce plutôt de faire en sorte que sa famille reste soudée. Sa fille Irena (Ivana Roščić), penaude, récemment séparée, est venue avec ses deux enfants, Kate et Ivor (interprétés respectivement par Bepina Baričeveić et Borna Mihovilović, qui font ici leurs premiers pas à l'écran), qui n’arrêtent pas de se chamailler. L’autre fille, Anica (MarijaŠkaričić), tente d'imiter son père dans ses efforts pour maintenir l'équilibre de la famille, mais elle n'a pas encore fait son deuil après la perte récente de quelqu'un d'important dans sa vie. Le fils, Ivan (incarné par l’acteur et cinéaste Juraj Lerotić, auquel on doit Safe Place, qui a eu un beau succès à l'international), est dépressif et potentiellement suicidaire, craint sa famille. Dans cette ambiance pour le moins plombée, pendant les quelques grises journées d'hiver que cette famille passe ensemble, des non-dits et rancœurs commencent à remonter à la surface…
Jurić et Pavičić ont fait sur le scénario un travail touchant à l'excellence dramaturgique, tant au niveau des dialogues, d’un naturel désarmant, que du rythme auquel surviennent les révélations (en apparence modestes mais significatives) du film et des temps de respiration qu'il offre, et qu'on accueille avec plaisir dans ce climat insoutenablement sinistre. Le scénario sert aussi parfaitement les acteurs, qui livrent des interprétations habitées, contenues mais virtuoses. La troupe (qui réunit une belle galerie de stars croates) saisit vraiment l'opportunité qui lui est ici offerte, dans les rôles principaux comme dans les rôles plus épisodiques (on pense notamment à Snježana Sinovčič Šiškov dans le rôle de la voisine).
À la différence de ce qu’on avait dans certains de ses films précédents, où la caméra évoluait de manière dynamique, Jurić opte cette fois presque exclusivement pour de longs plans fixes, soigneusement cadrés par Marko Brdar, qui soulignent la stagnation des existences montrées – qu’elle soit le fait de l’âge, de crises personnelles, de la dépression ou tout simplement de la météo. Cette atmosphère est encore davantage exacerbée par l’absence de musique, le travail sur le son de Julij Zornik et OgnjenPopić (qui misent sur les hurlements du vent) et le faible éclairage des scènes, le tout solidement tenu par le montage précis d’Ana Štulina. Tout cela fait de Small Things une expérience de visionnage discrètement inconfortable, mais assez nécessaire et d’une grande force émotionnelle.
Small Things est une coproduction entre la Croatie, la Slovénie et la Serbie qui a réuni les efforts des sociétés Kinorama, Forum Ljubljana et Atalanta.
(Traduit de l'anglais)
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