Critique : Princesa burro
par Giorgia Del Don
- Le duo chilien formé par Cristóbal León et Joaquín Cociña, connu pour les univers qu'il a créés en stop-motion, recourt pour la première fois à des acteurs en chair et en os

Les réalisateurs chiliens Cristóbal León et Joaquín Cociña, qui travaillent en duo depuis leur premier court-métrage, sont en compétition internationale à Locarno avec Princesa Burro, un film mystérieux, polymorphe et inclassable à mi-chemin entre film d’animation, fable horrifique et hommage au cinéma de genre. Après le succès de leur premier long-métrage, La Casa Lobo, réalisé en stop-motion, et le moyen-métrage surréaliste Los Hiperbóles, qui combinait animation en stop-motion, marionnettes et images filmées, le duo va encore plus loin en introduisant, dans son nouveau film, des acteurs en chair et en os. À travers un voyage halluciné qui nous fait (re)découvrir différents sous-genres du cinéma fantastique (du film fantastique historique à la SF pop), le film propose une relecture du personnage de la princesse des fables en révélant le côté obscur et inquiétant de sa vie de rêve, du moins en apparence.
L’héroïne du film est Diana (Antonia Giesen), une princesse qui vit dans un royaume de fable où, par ordre de son père le roi (Francisco Melo), inconsolable depuis la mort de sa reine adorée, l’amour est interdit. Inévitablement, Diana va s’éprendre de son prince, qui est en réalité un vendeur ambulant appelé Lalo (Andrew Bargsted). Quand le roi découvre leur relation, il bannit le garçon, laissant Diana seule et désespérée. L’histoire prend cependant un tour nouveau quand cette dernière utilise le bracelet magique que lui a offert Lalo pour exaucer son plus grand désir : celui d’aller vivre avec lui pour toujours (comme le veut toute fable qui se respecte). L’héroïne du film commence alors un voyage qui va l’amener dans d’autres mondes, notamment une ville futuriste et une plage tropicale, pour finir de nouveau dans le royaume qu’elle a fui. Elle est accompagnée tout du long, toujours sous des identités différentes, par Lalo et son père. Entourée de décors surréalistes qui rappellent le monde inquiétant et halluciné du Cabinet du docteur Caligari, mais aussi le vidéoclip réalisé par Anton Corbijn pour “Heart-Shaped Box” de Nirvana, l’héroïne du film doit s’adapter à la nouvelle réalité qui l’accueille à chaque fois qu’elle utilise son bracelet magique, une adaptation qui va de pair avec la transformation de son personnage de princesse ingénue attendant qu’un prince vienne la sauver en fille rebelle consciente des règles hétéropatriarcales qui l’emprisonnent. Lasse non seulement d’être manipulée par son père, mais aussi de poursuivre un bonheur qui lui paraît de plus en plus stéréotypé et peu satisfaisant, Diana cherche par tous les moyens à changer son destin.
Princesa burro, un film résolument hors du commun, peut être vu comme un véritable exercice de style en forme d’hommage à un cinéma (le cinéma de genre) qui est souvent considéré comme secondaire. Délicieusement artisanal et en même temps très riche sur le plan technique (avec ses images filmées alliées à des éléments typiques de l’animation bidimensionnelle, des images de synthèse, des décors conçus avec précision et une bande originale intrigante par le Français Jean-Benoît Dunckel du duo Air), le film propose un voyage halluciné jusqu’aux confins du cinéma lui-même. Si l’animation (en 2D et en stop-motion) nous ramène à la magie du cinéma des origines, l’obscurité latente qui s’insinue de plus en plus dans l’intrigue donne à l’ensemble une saveur plus moderne, presque apocalyptique. Princesa burro est un film étrange (au sens positif du terme), et c’est justement sa force.
Princesa burro a été produit par León & Cociña Films et Globo Rojo Films au Chili, avec Métonymie (France), Montelona (Uruguay), Viking Film (Pays-Bas) et Autentika Films (Allemagne). Les ventes internationales du film ont été confiées à Bendita Film Sales.
(Traduit de l'italien)
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