Critique : Objet a
par Veronica Orciari
- Dans son deuxième long, Ann Oren évoque l'amour et les formes atypiques que peut prendre le désir à travers l'histoire de chirurgiens de la main visionnaires confrontés à une figure énigmatique

Objet a vient de faire sa première mondiale en compétition internationale au 79e Festival de Locarno, où la réalisatrice du film, Ann Oren, avait déjà dévoilé son premier long-métrage, Piaffe, en 2022.
Ingeborg (Aenne Schwarz) et Adam (Louis Hofmann) sont deux chirurgiens de la main visionnaires liés par l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre, leur goût du contrôle et quelques irrésistibles fixations. En dehors de leur travail, ce ne sont pas des gens ordinaires non plus : Ingeborg aime voler des objets divers et variés, tandis qu’Adam voudrait en devenir un. Après un accident, l’énigmatique Gaia (Simone Bucio) fait irruption dans leur vie bien chorégraphiée, ce qui affecte le modus operandi de leur relation soigneusement réglée. Avec l’arrivée de la jeune fille, des désirs inattendus se font jour et les amènent à adopter des comportements de plus en plus étranges. Les métaphores corporelles dominent tout au long du film, particulièrement à travers l’utilisation récurrente des mains, peut-être parce qu’elles font partie des principaux outils dont se servent les humains pour exercer le contrôle et interagir. L’accident et les différentes contraintes physiques qu’il emporte renforcent cette idée, créant un sentiment de limitation physique et de perte de contrôle.
La réalisatrice allemande, qui a écrit le scénario avec Geoffroy Grison, dirige ses acteurs avec fermeté et s’assure de la crédibilité des agissements de ses personnages, même quand ils sont complètement débridés. Le montage de Hansjörg Weißbrich aide l’histoire à se déployer de manière fluide, permettant aux excellents décors d’Audrey Hernu et à la photographie de Juan Sarmiento G. de donner toute leur mesure. Quoique la durée du film soit très raisonnable (95 minutes), quelques passages semblent un peu dilués, alors que le film accélère légèrement le rythme à d’autres moments, créant une combinaison intéressante de tonalités. Dans l’ensemble, certains aspects de l’histoire pourraient ne pas convaincre pleinement, ou faire trop forcés, mais l’idée de base est indéniablement ambitieuse et, à bien des égards, rafraîchissante, même si le style narratif rappelle parfois d’autres films similaires. L’utilisation marquée de la couleur pour transmettre les émotions et la présence de scènes érotiques ne constituent sans doute pas des traits particulièrement originaux en soi, mais tout cela est néanmoins exécuté de manière très compétente, pour un résultat d’excellente facture.
Objet a fonctionnera bien auprès des spectateurs qui s’intéressent aux nouvelles formes narratives et n’ont pas peur de faire l’expérience de stimulus avec lesquels ils n’ont pas encore été familiarisés. Les festivaliers et les amateurs d’art et d’essai seront ravis, mais le film pourrait ne pas résonner aussi fortement auprès du grand public. Son rythme lent et son atmosphère troublante pourraient décourager le spectateur en quête d’une expérience plus cadencée et captivante. Si l’approche d’Oren risque de ne pas plaire à tout le monde et pourrait rendre difficile pour le film d’accéder à des marchés plus vastes, elle va sans aucun doute laisser sa marque sur le cinéma contemporain, et son nom va très probablement devenir de plus en plus connu dans le circuit des festivals ces prochaines années.
Objet a a été produit par la société allemande Schuldenberg Films, avec Tarantula Luxembourg et asterisk* (Grèce) comme coproducteurs. Les ventes internationales du film sont gérées par la société espagnole Bendita Film Sales.
(Traduit de l'anglais)
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