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LOCARNO 2026 Piazza Grande

Critique : Down the Arm of God

par 

- Le réalisateur autrichien Peter Brunner donne la parole à tous ceux qu'a fait taire une société consumériste avide et sans pitié qui a perdu toute trace d'humanité

Critique : Down the Arm of God
Caleb Landry Jones dans Down the Arm of God

Le réalisateur autrichien Peter Brunner est de retour au Festival de Locarno, où il avait présenté en 2021 Luzifer, en compétition internationale. Son nouveau long-métrage, Down the Arm of Go, projeté sur l’immense écran de la Piazza Grande, est tout aussi fort et touchant que son prédécesseur, bien que cette fois, la ferveur religieuse du héros se rapproche plus d’une sorte d’humanisme franciscain que d’un délire mystique. Pour son nouveau travail, le réalisateur a retrouvé l’acteur américain Caleb Landry Jones, qu’il avait déjà dirigé dans le drame expérimental To the Night. L’interprétation magistrale de ce dernier transforme Down the Arm of God en un de ces films dont le pouvoir magnétique va au-delà de l’écran, comme si la réalité s’emparait de la fiction et que le regard du héros pouvait lire en nous.

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Au cours d’un hiver glacial qui semble interminable, un jeune pasteur  (Caleb Landry Jones) à peine arrivé dans une petite ville du Texas décide d’aider un groupe de sans-abris qui campent comme ils peuvent aux abords de la ville. Sa mission est de les sauver d’une mort imminente non seulement à cause du froid, mais aussi du fait des conditions précaires dans lesquelles ils sont forcés de vivre. Malgré sa détermination, le jeune pasteur Pasteur va devoir faire face à la résistance et l’opposition de ses paroissiens, terrorisés à l’idée de partager leur espace vital avec des étrangers considérés dangereux. Les préjugés qu’ont les “autochtones” vis-à-vis des sans-abris va s’exprimer violemment au grand jour, et dévoiler la face grotesque de cette communauté. Peu importe aux membres de la paroisse si ces personnes ont besoin d’aide, ils ne sont pas disposés à se laisser corrompre par une précarité dont ils préfèrent qu’elle reste en dehors de leur vie. Le jeune pasteur cherche alors de l’aide hors de la ville, auprès d’associations qui ne savent plus quoi faire, submergées comme elles le sont par des demandes auxquelles elles n’arrivent plus à répondre. Dépendants jusqu’à l’asphyxie d’un système d’aides précaire que le gouvernement ne compte pas maintenir, le héros du film va devoir affronter des défaillances désormais systématiques. Tout se passe comme si ses appels à l’aide tombaient dans l’oreille d’un sourd.

Le film, écrit à quatre mains par Brunner et Landry Jones sur la base d’un travail étalé sur cinq ans avec des sans domicile fixe du Texas, est un film extrêmement touchant et profond qui réfléchit sur cette terrible crise non pas à travers des chiffres, mais à travers l’expérience concrète des personnes impliquées. Le film se fonde sur des entretiens et sur le témoignage direct de ces gens, des êtres humains qui ressemblent à des animaux blessés, à des fantômes cherchant désespérément un corps dans lequel se pelotonner pour se reposer, se réchauffer et se sentir enfin protégés.

Les gens auxquels Brunner et Landry donnent une voix et un corps participent au film non seulement en tant que sujets, mais aussi et surtout en tant qu’acteurs et actrices de leur histoire. Ce sont eux qui parlent à la première personne des difficultés auxquelles ils font face quotidiennement, mais aussi de leurs rêves et de leur lutte constante pour conserver une humanité que la société voudrait leur arracher. Leur apport contribue de manière authentique à la création du film. Il leur permet de raconter et de se raconter, et d’exister dans un monde qui les considère comme le rebut de la société. Le film devient en ce sens un acte de cinéma, de collaboration et de dénonciation plein d’empathie et de rébellion.

Grâce au style narratif dépouillé et poétique adopté, et à des décors qui rappellent le mysticisme archaïque du roman Et l’âne vit l’ange de Nick Cave, Down the Arm of God défie la stigmatisation qui étouffe les sans domicile fixe, vus comme des gens condamnés par leurs échecs personnels et non comme les victimes d’un problème systémique, dans une société qui voudrait les éliminer pour toujours.

Down the Arm of God a été produit par EuropaCorp (France) et Roosevelt Film Lab (États-Unis). Les ventes internationales du film sont assurées par Kinology.

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(Traduit de l'italien)

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