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LOCARNO 2026 Compétition

Critique : O Jacaré

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- L'action du quatrième film de Basil da Cunha se déroule de nouveau dans le quartier lisboète de Reboleira, où la recherche d'une grosse somme d'argent volée génère des tensions dans la communauté

Critique : O Jacaré
de gauche à droite : Paulo César Lima Fonseca et Nelson Carvalho dans O Jacaré

Une grosse somme d’argent volé a été cachée dans le quartier de Reboleira, de sorte que tout le monde se tire la bourre pour retrouver le magot, et pour ajouter à ce magnifique chaos, un crocodile vient de s’échapper qui rôde dans la zone. Dans le quatrième long-métrage de Basil da Cunha, O Jacaré (“le crocodile” en portugais), l’enthousiasme transpire dans chaque plan où la caméra balaie l’espace tandis que le cinéaste cherche à capter l’humour, les menaces, les incompréhensions, le choc et la liesse de sa troupe chorale, formée des acteurs-personnages qu’il a trouvés dans la communauté, et qui ont aussi joué dans ses autres films. O Jacaré vient de faire sa première mondiale au Festival de Locarno, en compétition internationale.

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Ce film est aussi son quatrième sur quatre à se passer dans ce quartier fortement policé de la banlieue de Lisbonne où vit une vaste diaspora cap-verdienne. C’est un endroit avec lequel il a noué des liens indéfectibles. Le réalisateur suisse d’origine portugaise a qualifié O Jacaré de chant du cygne du quartier, dont une grande partie est promise à la démolition et la gentrification systématique. Dès le début du film, on voit déjà des traces de ça, sous la forme de murs et de bâtiments de brique abattus, à côté des baraquements déjà informels.

Ces 180 000 € d’argent volé font office de MacGuffin qui permet au cinéaste de nous plonger directement dans l’action pour découvrir le réseau complexe des relations existant entre les personnages. Le charmant chef local PC (Paulo César Lima Fonseca) prend le jeune et impressionnable Chandi (Alexandre Fonseca) sous son aile et l’envoie, comme infiltré, espionner le gang de KP (Nelson Carvalho) pour comprendre où le magot est planqué. Pendant ce temps-là, Xana (Alexandra Sena) est résolue à récupérer l’argent que PC doit à son mari, à présent en prison à cause des activités de PC. Des protagonistes de l’histoire, manifestement en possession d’informations sur l’argent volé, font irruption furtivement puis repartent, notamment Machine (Pedro Diniz) et Mafia (Pedro Ferreira).

Dans toute sa filmographie, Da Cunha a développé un style visuel virtuose (cette fois avec l’aide du chef opérateur Patrick Tresch) par lequel il ondule et flâne presque en toute liberté à travers le quartier (son court-métrage 2720, réalisé en 2023, ne se constituait que de quelques prises extrêmement longues). Il évolue sans entrave entre les personnages, se mettant même parfois à voler dans les airs pour montrer Reboleira vu du ciel, d’une façon qui jure avec l’idée de surveillance généralement rattachée à l’idée d’observer de ce genre de hauteur. Les drones apparaissent en train de voler innocemment à côté des enfants du quartier.

Au bout du compte, O Jacaré parle plus des relations forgées, coupées et trahies, ce qui mis ensemble, permet à da Cunha d’en faire une sorte de film sur la manière de vibrer d’un lieu, au rythme de chansons caribéennes et afropop. Le réalisateur ne mollit jamais dans son parcours à travers les interactions des habitants du quartier – au point que le spectateur doit parfois le rattraper au pas de course et que la confusion de l’ensemble devient parfois déroutante, sur les 90 minutes très compactes et riches que dure le film. Ceci étant dit, Da Cunha est tellement clair dans ses intentions et sa vision, qui est de nous transporter directement au cœur du quartier de Reboleira, que son travail évoque un peu Do the Right Thing. Ne pas seulement entendre, mais vivre vraiment, comme si on y était, tous les commérages, les moments dramatiques, la tristesse et la joie : peut-être n’y a-t-il pas de plus grand privilège filmique.

O Jacaré a été produit par Thera Production (Suisse) en coproduction avec Continue Walking. (Portugal). Les ventes internationales du film sont gérées par Low Light Films.

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(Traduit de l'anglais)

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