email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

FILMS / CRITIQUES Royaume-Uni / États-Unis / Canada

Critique : Teenage Sex and Death At Camp Miasma

par 

- Avec son troisième long-métrage, Jane Schoenbrun nous offre un hommage brillant et exaltant au genre slasher, revisité sur le mode queer

Critique : Teenage Sex and Death At Camp Miasma
Hannah Einbinder et Gillian Anderson dans Teenage Sex and Death at Camp Miasma

Après deux longs-métrages de fiction, We’re All Going to the World’s Fair et I Saw the TV Glow (tous deux sélectionnés à Sundance), qui lui ont valu le statut d’enfant terrible du cinéma indépendant américain, Jane Schoenbrun livre un travail électrisant, à la fois cérébral et pop, Teenage Sex and Death At Camp Miasma, qui a été dévoilé à Cannes dans la section Un Certain Regard, ce qui lui a valu la Queer Palm, et a joué, plus récemment, au NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival). Le film, déjà sorti dans certains pays européens, va être lancé par MUBI dès demain en Belgique (avec Cinéart) et en Italie, ce jeudi en Allemagne et aux Pays-Bas (également avec Cinéart) et vendredi au Royaume-Uni. C’est un titre qui revisite le genre slasher avec intelligence et une saine dose d’humour, et en offre une relecture queer qui restera dans les annales.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Après s’être inspirée, dans son premier long-métrage de fiction, de l’esthétique creepypasta, puis, dans le deuxième, du monde du paranormal et de l’horreur psychologique, Schoenbrun propose à présent une relecture aussi exaltante et plaisante que nécessaire du genre slasher avec un prisme queer. Son nouveau film invite en effet à réfléchir à la notion de plaisir sous un angle qui n’est plus hétérocentré, normalisant et rassurant, mais volontairement tordu, différent et libérateur.

Kris (magnifiquement interprétée par Hannah Einbinder), intellectuelle et cinéaste queer de talent, est engagée par une maison de production pour réaliser le nouveau chapitre d’une saga slasher connue (sous le nom de Camp Miasma) qui existe depuis des années. Il s’agit d’un reboot “woke” (pour reprendre la description qu’en font ses producteurs) d’une série transphobique des années 1980. Bien qu’elle ait pris sa retraite, Kris veut absolument convaincre l’actrice (une sublime Gillian Anderson) qui jouait dans le premier film la “final girl”, c’est-à-dire la dernière fille que tue le mystérieux assassin, de tenir le rôle principal de son nouveau film. Après un voyage long et compliqué, la réalisatrice retrouve sa diva dans les montagnes, dans le lieu abandonné où elle est allée se réfugier après l’expérience traumatisante vécue sur le tournage du premier film. Ce qui étonne Kris, dans un premier temps, c’est que la final girl ait élu pour refuge le lieu même qui servit de décor à ce film originel. Au fil de leur travail ensemble, un lien profond aux implications délicieusement psychosexuelles se noue entre les deux femmes qui les amène à entreprendre conjointement un parcours cathartique de la douleur du traumatisme vers la libération et l’éveil sexuel qu’elles attendaient depuis longtemps. Ce moment passé ensemble, dans une sorte de pyjama party sans fin agrémentée de sucreries et de bonbons gélifiés, se transforme en un temps suspendu, libératoire et débarrassé du jugement des autres, où elles peuvent expérimenter une sexualité libérée de toute injonction et de tout normativisme.

Dans l’imaginaire cinématographique de la saga Camp Miasma, le méchant (l’assassin assoiffé de sang qui sort des entrailles du lac) n’est pas un personnage masqué au passé obscur, mais un fantôme dont le visage est caché derrière un conduit d’aération qu’on appelle “Little Death”, en référence à l’expression de “petite mort” qu’on utilise parfois pour se référer à l’orgasme. Little Death, armé d’une lance, est la réincarnation vengeresse d’un ancien pensionnaire du camp de vacances qui s’est retrouvé victime d’une féroce campagne transphobe qui a abouti à sa mort. Condamné à vivre pour l’éternité au fond du lac du Camp Tivoli, le “monstre” ressort périodiquement pour tuer des adolescents en proie à d’incontrôlables dérèglements hormonaux.

Teenage Sex And Death At Camp Miasma est un hymne (doublé d’un hommage exaltant et terriblement doux à l’univers queer) à la joie de vivre pleinement sa sexualité dans un corps enfin libéré des injonctions binaires et hétéropatriarcales d’une société cruelle et intransigeante. À la fin de cette aventure fantastique et savoureusement sanguinolente, l’héroïne parvient enfin à vivre son corps avec la sage sérénité de quelqu’un qui se fiche désormais des règles et découvre un plaisir fondé sur la joie et l’insouciance, et non sur la douleur héritée de vieux traumatismes. Dans ce sens, le film est une réflexion autobiographique sur ce qui arrive quand on a maté pour de bon toute dysphorie de genre et qu’on peut enfin être soi-même dans un corps authentique, parce qu’enfin conforme à l’identité de genre qu’on se sent.

Teenage Sex And Death At Camp Miasma a été produit par MUBI et par les maisons américaines Plan B Entertainment et Scythia Films. Les ventes internationales du film sont gérées par The Match Factory.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)


Galerie de photo 13/05/2026 : Cannes 2026 - Teenage Sex and Death at Camp Miasma

11 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Jane Schoenbrun
© 2026 Fabrizio de Gennaro for Cineuropa - fadege.it, @fadege.it

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy