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ÉDIMBOURG 2026

Critique : Skintown

par 

- Kieron J. Walsh livre un long-métrage qui pose un regard plein d'allant sur la survie, malgré tout, dans une ville d'Enniskillen fortement secouée par le conflit nord-irlandais

Critique : Skintown
Jack Rowan (à gauche) et Chris Walley dans Skintown

Après une interruption momentanée fin 2022, le Festival international du film d’Édimbourg a repris, et on commence à percevoir exactement ce que sa nouvelle version va apporter à l’industrie locale et à avoir une idée de sa ligne éditoriale précise. Skintown, de Kieron J. Walsh, présenté en première mondiale en ouverture de la compétition cette année, compte parmi les quelques films britanniques choisis pour cette section qui présentent un plus grand attrait commercial (particulièrement pour les jeunes) que les titres que les festivals font généralement concourir pour leurs prix. Certains festivaliers réguliers pourraient trouver l’idée utopique, mais on a ici une compétition où tous les films sont “divertissants”, au sens le plus classique et conventionnel du terme.

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Skintown, qui se passe à Enniskillen, en Irlande du Nord, pendant l’été 1994 et tient son titre du surnom que ses habitants donnent à leur ville, suit Vinny (Jack Rowan), un garçon en fin d’adolescence qui passe ses après-midi à préparer des côtelettes de bœuf dans une pizzeria locale tandis que les “Troubles” font rage, et rêve de partir n’importe où ailleurs. Avec son meilleur copain Jonty (Chris Walley), (plus ou moins) secrètement amoureux de lui, ils saisissent l’occasion que leur offre un paramilitaire loyaliste d’écouler 400 pilules d’ecstasy volées au Kelly’s, la boîte de nuit la plus fréquentée du comté d'Antrim, ce qui leur permettrait de récolter assez d’argent pour que Vinny puisse enfin mettre les bouts.

À en juger par les premières réactions du public à Édimbourg, Skintown semble bien fonctionner, même si ceux qui ont grandi dans les années 1990 avec des films comme Trainspotting et Goodfellas auront surtout le sentiment de se retrouver sur un terrain déjà connu. Vinny nous dévoile ses pensées à travers une voix off, particulièrement dominante au début et à la fin, qui exprime clairement son rejet et son sentiment d’aliénation par rapport à l’endroit où il vit, mais qui ne fait pas assez contrepoint avec les images (que ce soit par son ironie ou autrement), chose que les meilleurs exemples de ce type d’approche arrivent toujours à faire. De plus, après l’opération de revente de drogue, forcément foireuse, Walsh et son scénariste Cierán McMenamin (qui adapte ici un roman écrit par lui en 2018) tombent eux-mêmes dans l’overdose de sentimentalité, un registre qui jure un peu avec l’énergie fanfaronne et cynique des deux premiers actes.

Une autre question plus grave doit être mentionnée qui concerne la mémoire historique des Troubles, 30 ans après que l’accord du Vendredi saint entre les gouvernements britannique et irlandais et les partis politiques nord-irlandais a amené un système politique plus décentralisé et freiné la violence entre les factions. Comme on l’a pu voir avec le biopic incendiaire Kneecap, les auteurs de films et contenus télévisuels irlandais abordent désormais cette époque avec davantage d’irrévérence, et parfois même un humour de mauvais goût, faisant partie de la première génération qui n’a pas été directement affectée par la situation. Le contexte de la culture rave dans lequel s’ancre Skintown – le cessez-le-feu temporaire annoncé par l’IRA permettant aussi aux événements fictionnels du film de se déployer librement – est un rappel poignant du fait que la vie devait continuer, et tant pis pour la guerre. Les Troubles ne suffisent pas à étouffer le joyeux élan de Vinny et Jonty en cette nuit exceptionnelle de trafic de drogue qui semble un instant leur valoir le pactole de leur vie, mais ils vont ensuite avoir droit à un dur rappel du fait que dans toute leur région, en cette époque précise, les Troubles sont bel et bien la chose à laquelle ils ne peuvent pas échapper.

Skintown a été produit par Keeper Pictures (Irlande) et Cyprus Avenue Films (Royaume-Uni).

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(Traduit de l'anglais)

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