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SARAJEVO 2026 Compétition documentaires

Critique : We Shall Live Together

par 

- Dans son premier long-métrage documentaire, Damir Markovina traite de l'histoire – personnelle, familiale et collective – de la guerre qui a marqué les années 1990 en Bosnie-Herzégovine

Critique : We Shall Live Together

Les guerres de Yougoslavie des années 1990 – particulièrement leur chapitre bosnien – et la désintégration de la république fédérative socialiste de Yougoslavie ont fait des milliers de morts, de blessés et de personnes déplacées, et traumatisé des millions de gens, à tel point qu’elles restent, à ce jour, un des sujets principaux du débat public dans tous les pays qui ont résulté de la dissolution de l’État socialiste. Le documentariste croate Damir Markovina a vécu de l’intérieur ces événements qui ont jusqu’ici, avec les épreuves traversées par sa famille et lui pendant ces années-là, été un axe central de son travail. Dans le moyen-métrage Wait for Me (2021), il évoquait la mobilité forcée de sa famille élargie entre cinq villes ou villages, dans trois pays différents. Le film qui a suivi, également un moyen-métrage, Deserters (2022), récompensé au Festival de Jihlava, revenait sur qu’ont vécu ses camarades de classe et lui en tant qu’exilés après avoir dû quitter leur ville, Mostar, pendant les guerres des années 1990.

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Dans son premier long-métrage, Markovina va plus loin et livre un récit encore plus personnel, le sujet central de son film étant son propre père, l’homme politique Roko Markovina, et ses différents rôles sur la scène publique et dans la sphère privée ainsi que ses dilemmes, décisions et actes, et ce avant, pendant et après la guerre qui a eu des répercussions sur toute la famille. We Shall Live Together a fait sa première parmi les documentaires en compétition au Festival de Sarajevo.

Sur le plan politique, Roko Markovina était une figure remarquable, un homme qui a refusé de trahir ses idées socialistes en pleine hystérie nationaliste, et qui était prêt à en payer le prix. Au niveau personnel, cependant, il était ce qu’on pourrait décrire comme un idéaliste têtu et égoïste dont les principes moraux, justes mais rigides, et la disposition à sacrifier le bien-être de sa famille pour les défendre a laissé beaucoup de cicatrices. Ce dont traite avant tout Damir Markovina ici, ce sont les raisons pour lesquelles son père a fait évacuer sa famille de Mostar si tard, trop tard, et son refus de revenir vivre dans “sa” ville après la guerre – alors que son plus jeune fils, l’intellectuel de gauche de renom Dragan Markovina, y est retourné et vit encore là aujourd’hui. Les deux frères se font l’avocat du diable, en posant à leur père les questions qui pourraient théoriquement les aider à clarifier certaines choses et à arriver, enfin, à tourner la page, alors que leur mère, Zina, continue de souffrir en silence avec, au cœur, un besoin dévorant de stabilité et de prévisibilité pour vivre sereinement ses vieux jours.

We Shall Live Together est un film exigeant qui demande au spectateur d’absorber une foule de faits et d’émotions (exprimées ou tues), et de fait, ceux qui connaissent déjà un peu le travail de Damir Markovina ou l’histoire récente de la Yougoslavie sont assurément dans une position plus favorable. Pour ceux qui connaissent moins le sujet, Markovina fournit suffisamment d’éléments de contexte (au moyen de cartons intelligemment rédigés qui apparaissent à l’écran), qui ont qui plus est quelque chose d’unique et correspondent parfaitement à l’ambiance générale du documentaire.

Le même niveau de complexité se retrouve dans la facture du film, où Markovina flirte un peu plus avec le cinéma expérimental que dans ses travaux précédents (par exemple dans la scène d’ouverture, où il projette des vidéos de famille sur les visages qui apparaissent sur une photo), tout en s’assurant de livrer un ensemble fluide qui combine harmonieusement les images tournées pour le film (par lui-même, Krešimir Štulina et Tomislav Krnić) avec des images d’archives intrigantes de la guerre et du Parlement. Le design sonore très marquant de Miroslav Piškulić doit aussi être mentionné comme un des grands atouts du film, de même que le remarquable travail de montage fait par Vladimir Gojun et Marta Bregeš..

We Shall Live Together n’est résolument pas “un simple documentaire” (ni “un de plus”) sur la guerre, les relations familiales abîmées et l’éclatement de la Yougoslavie raconté à la première personne. Il se pourrait même bien que ce soit le film ultime sur tous ces sujets.

We Shall Live Together a été produit par Wolfgang & Dolly (Croatie) et Osoba D (Bosnie-Herzégovine) avec la participation d’Al Jazeera Balkans.

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(Traduit de l'anglais)

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