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SARAJEVO 2026 Séances de minuit

Critique : No Fairy Dust

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- Après Clip, Maja Miloš revient enfin avec un film dramatique transgressif, explicite et violent inspiré de l'histoire de Cendrillon, où elle s'intéresse à la sexualité de son héroïne

Critique : No Fairy Dust
Jovana Stojiljković dans No Fairy Dust

Quatorze ans après son premier long-métrage coup de poing, Clip, qui avait remporté le Tiger Award à Rotterdam, la réalisatrice serbe Maja Miloš est de retour avec No Fairy Dust, qui vient de faire sa première mondiale parmi les Séances de minuit du Festival de Sarajevo. Ce titre, qui est de nouveau un drame transgressif violent avec des scènes de sexe crues autour d’un jeune personnage féminin, sans être aussi accompli que Clip, est une plus grosse production qui propose une histoire à plusieurs niveaux de lecture mettant face à face les idéaux romantiques des contes de fées et la société moderne, brutalement matérialiste.

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Le film, qui est une relecture de l’histoire de Cendrillon, a pour héroïne Marija (Jovana Stojiljković), une patineuse artistique de vingt ans et quelques qui vit dans une zone rurale de la banlieue de Belgrade avec son père camionneur Dragan (Ljubomir Bandović). Ils pleurent encore tous deux leur épouse et mère, récemment disparue. Quand Dragan se trouve une petite amie, Suzana (Nataša Ninković), celle-ci ne tarde pas à quitter la petite ville d’où elle vient pour emménager avec ses deux filles, qui ont à peu près l’âge de Marija : Sofija (Milica Tomašević) et Elizabeta (Nikolina Spasić). Comme Marija a à cœur de voir son père heureux, elle accepte de partager sa chambre avec elles, ce qu’elles exploitent sans vergogne.

Marija complète les revenus du foyer en travaillant à une station de lavage auto avec sa meilleure amie, Nevena (Andjela Jovanović). Quand le camion de Dragan se retrouve fortement endommagé par un départ d’incendie qui engloutit aussi leur poulailler, Marija, poussée par les menaces de Suzana d’une part et les encouragements de Nevena d’autre part, trouve un emploi mieux payé comme danseuse dans un night club. Là, elle rencontre Luka (Marko Grabež), qui a une boîte d’informatique qui marche bien et fait pâmer toutes les filles. Contrairement à ses amies et aux deux sœurs (qui deviennent ses bourreaux), qui sont toutes des jeunes femmes effrontées et hypersexualisées qui parlent fort et courent après les hommes riches, Marija est timide et discrète, et c’est exactement ce qui attire Luka chez elle.

Il y a quelque chose de réprimé et de presque infantile dans la sexualité de Marija (comme le montre douloureusement une scène dans les vestiaires, au début du film), mais aussi dans les rêves troublants et sexuellement bizarres qu’elle a et dans les visions qui la hantent. Miloš l’exprime à travers des motifs comme des corbeaux agressifs ou le feu (hélas rendu à travers des images de synthèse pas très convaincantes), sans développer davantage. La première rencontre sexuelle de Marija avec Luka, une scène inégale dans sa tonalité qui jure par son aspect direct tout en étant maladroitement douce, fait ressortir le contraste entre ses désirs et idées romantiques et la sensibilité moderne, informée par l’hypersexualisation portée par les médias et les appli de rencontres.

Le développement du personnage de Marija et la dynamique du film s’articulent autour de ce contraste entre la pureté et l’élégance de la patinoire ainsi que de son costume de patineuse bleu, d’une part, et de l’autre l’obscurité ruisselante de sueur combinée avec des tenues en spandex et en cuir qui caractérise la boîte de nuit. Des vidéos de Maman avec la petite Marija en train de chausser pour la première fois ses patins sont opposées à de nombreuses scènes inconfortables qui poussent la misogynie et la lascivité abusive jusqu’à l’impunité d’individus d’une richesse obscène, et autres politiciens, scènes où toute apparence de décence est laissée de côté. À l’évidence, le film montre ici du doigt la société et l’esprit du temps, bien au-delà de son contexte local.

No Fairy Dust, qui s’ouvre et se conclut sur des images de Marija en train de patiner sur un motif musical récurrent (un tube yougoslave des années 1980 qui est à la fois populaire et difficile à entendre sans grimacer), positionne son héroïne comme la seule âme pure dans un monde autrement bien sinistre. L’approche abrasive et sans compromis de Miloš, qui pourrait aliéner certains spectateurs, suggère que trouver une véritable connexion humaine dans un monde cynique est à des lieues à la fois des comédies romantiques cuculs et des drames d’art et d’essai grinçants où des héroïnes farouches se battent contre le patriarcat. C’est la prestation courageuse, nuancée et engagée de Stojiljković qui convainc, rattrapant les maladresses techniques du film et l’absence de motivations pour certains des personnages, assez pour que l’ensemble fonctionne.

No Fairy Dust a été coproduit par Baš Čelik (Serbie), Nightswim (Italie), Volya Films (Pays-Bas), Propeler Film (Croatie), Vertigo et SPOK films (Slovénie) ainsi que Quadrifolium Films (Monténégro).

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(Traduit de l'anglais)

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