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BRIFF 2026

Critique : Vigilante

par 

- Le réalisateur belge Olivier Pairoux livre un thriller âpre et interpellant sur la question de l’auto-justice

Critique : Vigilante
Eddy De Pretto dans Vigilante

Après le lumineux SpaceBoy, film d’aventures familial pop et rafraichissant, Olivier Pairoux revient avec un deuxième long métrage aux antipodes du premier, sauf peut-être dans sa volonté de s’emparer des codes d’un genre bien particulier pour explorer un sujet qui le fascine, et les contradictions qui le sous-tendent. Présenté en première belge au Brussels International Film Festival (BRIFF) après sa première mondiale à Angoulême, Vigilante soulève la question de la tentation de l’auto-justice quand le système chargé de protéger nos enfants est défaillant.

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Morville (Eddy De Pretto) est un héros solitaire traversé par des pulsions contraires, mû par des intentions louables mais pas toujours conséquent quand il s’agit de déterminer les moyens de l’action. Hanté par un passé familial douloureux, Morville se transforme une fois la nuit tombée en vigilante, ces néo-justiciers de l’ère internet qui traquent les pédocriminels en se faisant passer pour des enfants, et les exposer eux et leurs crimes sur les réseaux. Une activité interlope qu’il mène avec ses deux amis, Xavier (Damien Chapelle) et Steve (Zacharie Chasseriaud), jusqu’au jour où ce dernier se fait agresser lors d’une sortie. Menant l’enquête pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, Morville va peu à peu être amené à interroger la légitimité de sa démarche. Qu’est-ce qui le motive réellement ? Et les autres, Xavier, et Steve ? Peut-on réellement faire le Mal pour faire le Bien ? Si la culpabilité morale des pédocriminels que chassent Morville et consorts ne fait aucun doute, peut-on pour autant se passer d’établir leur culpabilité juridique ?

Toutes ces questions, Morville se les pose ou se les voit poser par les différents personnages qu’il côtoie, une journaliste (Roxane Mesquida) qui elle-même enquête sous couverture sur le phénomène des vigilantes, cachant ses intentions propres, ou encore sa jeune nièce (Léontine Clerbois), qu’il implique malgré lui en voulant la protéger. Pendant ce temps-là, la police observe de loin ce petit jeu du chat et de la souris, gardant ses distances faute de moyens, mais aussi pour mieux fondre sur ses proies en temps voulu.

Bien qu’ayant tourné à Bruxelles et à Charleroi, Olivier Pairoux invente un univers propre à son récit, lorgnant presque du côté du comics, autour de quelques décors forts, comme pour exacerber les questionnements éthiques qui traversent ses personnages tourmentés. Morville et Steve ont coutume de retrouver Xavier dans le club de boxe que dirige ce dernier. Si sur le ring, la violence est canalisée, que faire d’elle dans la rue, face à la violence propre du monde ? Le Morville imaginé par Pairoux et De Pretto est un héros opaque, d’autant plus compliqué à saisir qu’il multiplie les choix qui le fragilisent, lui et ses proches. Mais à l’heure où la société dans son ensemble s’interroge sur la réponse à donner face à l’omniprésence des actes pédocriminels et l’apparente impunité qui entoure les agresseurs, la direction artistique qui souligne les aspects glauques de cette ambiguïté morale et la tension entretenue par la mise-en-scène permettent d’explorer par l’action la complexité de la question posée par les choix de ses protagonistes.

Vigilante a été produit par Kwassa Films en Belgique, et coproduit par la société canadienne Art & Essai. Les ventes internationales sont encadrées par Reason8. C’est Brightfish qui distribue le film en Belgique, où la sortie aura lieu le 9 septembre prochain.

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