VENISE 2026 Semaine internationale de la critique
Critique : Our Share of Sand
par Fabien Lemercier
- VENISE 2026 : Shalini Adnani tisse un premier long métrage digne d’éloges sur une jeune adolescente prenant conscience de la complexité coupable de son environnement

"Les gens n'y pensent pas. Ils croient qu’on construit des immeubles venus de nulle part." C’est dans les coulisses d’une petite famille et d’une société indienne où le développement économique se paie parfois au prix fort, humainement et moralement, que Shalini Adnani (réalisatrice d’origine indienne, née au Chili et basée à Londres) a choisi de tourner son regard déjà très acéré avec Our Share of Sand, un premier long métrage brillant, présenté à la Semaine internationale de la critique de la 83e Mostra de Venise.
Rien de plus agréable en effet (sauf les toiles de maître évidemment) que de découvrir, dès ses débuts, un jeune potentiel doté d’une réelle maîtrise narrative et visuelle doublée d’un sens de l’étude psychologique et sociologique subtilement développé sans négliger quelques incursions à limite du cinéma de genre (un zest d’aventure, une pointe d’enquête, un brin de film d’action) afin de dynamiser et d’aérer le récit d’un étonnant et intelligent "coming of age".
"À quelle profondeur ont-ils plongé ?" Arrivée en Inde depuis peu après avoir passé son enfance au Royaume-Uni, Maya (Maya Mehta), âgée de 12 ans, observe avec attention et intérêt le nouveau monde qui l’entoure, en particulier l’activité d’extraction de sable dirigée par son père (Mohammad Zeeshan Ayyub), plus loin sur la rivière, avec une équipe d’ouvriers (équipée simplement de seaux et de cordes) incluant le jeune Kiran (Krish Raj More). Quand un accident vaut à ce dernier un tympan crevé et que Maya aperçoit ensuite son père cacher la jauge de profondeur, elle commence à remettre en question la vision sociale paternelle ("ce ne sont pas tes amis – Ils vivent avec nous – Non, ils travaillent pour nous. On est une famille, on est connecté par le sang – Non, par la maison et l’argent") partagée par sa grand-mère en héritage du passé. Un conflit de loyauté tenaille la jeune fille et sa mère Priti (Ellora Torchia), autrefois musicienne de sandoor et désormais désoeuvrée. Et elles ne sont pas au bout de leurs surprises…
"Ouvre la porte – Je ne t’entends pas." En façonnant son allégorie à travers les yeux se dessillant d’une enfant que les circonstances éveillent brutalement, Shalini Adnani démontre une grande habilité suggestive dans la captation et la représentation des signaux non-verbaux. Et elle sait également dévoiler par petites touches pénétrantes l’arrière-plan plus vaste de son propos sur les dégâts de la croissance et la complicité morale qui l’accompagne et qui questionne la valeur de la vie. Un véritable travail d’orfèvre donc pour un premier long (ambiancé au milieu de la jungle et au bord de la rivière) qui révèle une cinéaste qui est comme un diamant aux premiers stades de la taille.
Our Share of Sand a été produit par Fifth Mirror Pictures (Royaume-Uni) et coproduit par Heretic (Grèce), en association avec Suitable Pictures (Inde). Global Constellation pilote les ventes internationales.
Galerie de photo 05/09/2026 : Venice 2026 - Our Share of Sand
7 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.
© 2026 Isabeau de Gennaro for Cineuropa @iisadege
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